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jeudi 20 mars 2014

L'impact social de la crise selon l'OCDE


L'OCDE dans son étude "Panorama de la société 2014" analyse les conséquences sociales de la crise en étudiant un grand nombre d'indicateurs. Ainsi, l'OCDE tire notamment les enseignements suivants :
  • Le nombre de personnes vivant dans des ménages qui ne perçoivent aucun revenu d’activité a doublé en Espagne, en Grèce et en Irlande, et s’est accru de 20 % ou plus en Estonie, aux États-Unis, en Italie, en Lettonie, au Portugal et en Slovénie.
  • Les ménages pauvres ont vu leurs revenus diminuer plus fortement, proportionnellement, que les ménages aisés et ils ont moins profité de la reprise –– en particulier en Espagne, en Estonie, en Grèce, en Irlande et en Italie.
  • Les jeunes sont davantage exposés qu’avant la crise au risque de pauvreté : la part des 18‑25 ans vivant dans des ménages dont le revenu est inférieur au revenu médian national a augmenté dans la plupart des pays –– de 5 points de pourcentage en Espagne, en Estonie et en Turquie ; de 4 points en Irlande et au Royaume-Uni ; et de 3 points en Grèce et en Italie.
  • La part des personnes qui déclarent qu’elles n’ont pas les moyens d’acheter suffisamment de nourriture a augmenté dans 23 pays, en particulier en Grèce et en Hongrie, mais aussi aux États-Unis.
  • Les taux de fécondité ont baissé davantage encore depuis la crise, aggravant les défis démographiques et budgétaires liés au vieillissement. Alors qu’il était orienté à la hausse depuis 2000, atteignant 1.75 enfant par femme en 2008, le taux de fécondité est retombé à 1.70, la baisse des revenus et les incertitudes amenant peut-être un plus grand nombre de couples à différer un projet d’enfant ou à avoir moins d’enfants.
  • S’il est trop tôt pour mesurer les effets à long terme de la crise sur la santé des populations, on sait que le chômage et les difficultés économiques contribuent à divers problèmes de santé, favorisant notamment la maladie mentale.
  • Les dépenses en faveur de l’éducation en proportion du PIB ont diminué dans la moitié des pays de l’OCDE depuis le début de la crise, en particulier en Estonie, aux États-Unis, en Hongrie, en Islande, en Italie, en Suède et en Suisse. Cette baisse aura avant tout un impact sur les plus pauvres au sein de la société, observe l’OCDE et, à long terme, cela pourrait entraîner une moindre participation à l’éducation, de moindres performances et moins de mobilité ascendante pour les enfants issus de familles à bas revenu.
Par ailleurs, l'OCDE a mis en ligne un petit simulateur pour évaluer l'impact de la crise sur les Etats membres et faire des comparaisons.

lundi 10 mars 2014

Atlantico.fr : les retraites seront-elles les responsables de la future crise ?


Après les déclarations de Warren Buffet considérant que le financement des retraites pourrait provoquer une crise économique d'ampleur mondiale. Sur ce sujet, Philippe Crevel, spécialiste des questions de retraite a répondu aux questions de la rédaction d'Atlantico.fr.

lire l'interview

mardi 4 février 2014

Le troisième tour de la crise viendra-t-il de Chine ?


Le premier tour de la crise des années 2000 a commencé en 2008 avec le problème des subprimes et la faillite de Lehmann Brothers, la deuxième est venue d'Europe avec la crise des dettes publiques avec le symbole grec; la troisième pourrait prendre naissance au sein des pays émergents qui doivent changer leur modèle de croissance en passant de la production pour l'exportation à la production pour la consommation. Par ailleurs, l'endettement massif des banques chinoises et des collectivités constituent une menace pour la croissance chinoise. Les sorties de capitaux des pays émergents et la dépréciation de leur monnaie les fragilisent. Le ralentissement des pays émergents qui représentent aujourd'hui plus de 40 % du PIB mondial peut avoir un impact fort sur l'ensemble de l'économie mondiale.

vendredi 6 décembre 2013

Le modèle social français peut-il imploser ?


Philippe Crevel a répondu à une interview d'Atlantico.fr au sujet de la capacité du système de protection sociale français à résister à une faible croissance voire à la récession. Quelles solutions sont envisageables pour éviter l'implosion et quelles sont les pistes de réformes ?

Lie l'interview

jeudi 10 octobre 2013

La Pologne efface...


La Pologne qui est pourtant moins endettée que la moyenne des pays européens mais qui doit faire face à des taux d'intérêt assez élevés est en voie de nationaliser sa dette publique. Ainsi, les titres publics détenus par des fonds de pension seraient annulés en contrepartie de quoi les souscripteurs obtiendraient des droits à la retraite dans le cadre du régime public. dans les faits, cela revient à remplacer des droits réels sur un Etat par des droits virtuels à venir. Il s'agit donc d'un effacement plus ou moins net de la dette publique d'un Etat. L'éloignement de la Pologne qui n'est pas membre de la zone euro a permis à cette petite révolution de passer inaperçue même si le secteur financier commence à s'inquiéter des conséquences possibles sur la gestion d'actifs.

lire la dépêche de Bloomberg sur le sujet

lundi 5 décembre 2011

Euro-fiction ou pourquoi je suis contre ce scénario et le fanatisme de la catastrophe

La tentation du retour au bon vieux franc hante certains esprits. Certes, il faut l’avouer il est possible de démonter ce qui a été élaboré depuis des dizaines d’années. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que l’histoire est pavée d’unions monétaires qui se sont évaporées, union monétaire latine, union monétaire austro-allemande, union monétaire scandinave. La question n’est donc pas « est-il possible ou pas de sortir de l’euro ? » mais quelles conséquences pour les Français aurait l’éclatement de l’euro ?

Que signifierait la fin de l’euro ?

L’éclatement de la zone euro pourrait prendre plusieurs formes. La sortie d’un ou plusieurs pays ou le retour à la situation de 1999.
Il pourrait se recréer de petites zones. Les Pays-Bas, le Luxembourg, la Suède, l’Autriche pourraient rester associés. La France pourrait également chercher des alliés.
L’autre solution serait le délestage dangereux d’un ou plusieurs pays avec un risque de jeu de domino. Le départ de la Grèce risquerait d’être suivi par le Portugal, l’Espagne, l’Italie et ainsi de suite.

Pas obligatoirement de conversion !

La fin de l’euro se manifesterait par la circulation de plusieurs monnaies au sein de l’ancienne zone euro et du retour des taux de change. Il n’y aurait pas obligatoirement une opération de conversion telle que nous l’avons connue en 1999. Il est peu probable que nous revenions à la parité du franc de 1999 en divisant par 6,55957. Ce taux de conversion correspondait à la situation de 1999 et en aucun à celle de 2011. A l’époque, il fallait fusionner et opter pour un étalon commun aux pays membres de la zone euro.

De nouveaux billets et de nouvelles pièces ?

Même si l’on conservait l’unité de compte actuellement en vigueur, il serait néanmoins nécessaire de réimprimer des billets et des pièces couvrant la France ou les pays qui choisiraient de s’arrimer à nous. Le nom de la monnaie pourrait être l’euro sauf si l’Allemagne demandait à le conserver pour sa propre zone ; il pourrait s’agir de « l’eurofranc » ou du « nouveau, nouveau franc ».

Quel taux de change ?

Le taux de change serait celui du marché. Il s’établirait en fonction des parités de pouvoir d’achat. Il y aurait la prise en compte des variations des coûts de production au sein de l’ancienne zone euro, des déficits commerciaux et aussi de la situation économique et financière du ou des pays concernés.

En l’état actuel, la France subirait une dépréciation de 20 à 30 % hors effet spéculatif par rapport à l’Allemagne. Mais, la situation serait très instable du fait de l’impact économique et financier lié à l’éclatement de l’euro. L’incapacité de rembourser les dettes, les menaces sur le système financier pourraient faire plonger la monnaie avec une dépréciation sans rappel de plus de 50 % voire plus.

Les conséquences macro-économiques

L’éclatement de l’euro ne pourrait se faire que dans le cadre d’un vaste plan négocié afin d’éviter une banqueroute généralisée privée comme publique.

Eviter la banqueroute par tous les moyens

La sortie de l’euro poserait la question de la gestion des dettes publiques. Les dettes publiques sont fortement internationalisées. La dette française est possédée à 70 % par des non-résidents. En cas d’éclatement de la zone euro, la dette sera-t-elle exprimée dans la nouvelle monnaie ou dans celle de l’Etat à monnaie forte ? Dans ce dernier cas, la dette sera majorée par le taux de déprécation monétaire avec un risque non négligeable d’insolvabilité. Dans le premier cas, les créanciers perdraient une partie de leurs avoirs avec comme conséquence un refus de prêter à nouveau ce qui entraînerait également un problème de liquidités.
La capacité d’emprunt des Etats sortants serait très diminuée voire nulle sans intervention de la communauté internationale. L’augmentation des taux d’intérêt rendrait très coûteux l’endettement.
La sortie de l’euro serait accompagnée par la mise en place de plans de rigueur et de plans d’appui du FMI pour éviter une trop forte dépréciation et un cercle vicieux dépréciation/récession. Elle obligerait à prendre des mesures très fortes pour tenter d’entraver la spéculation à la baisse. Le retour d’un contrôle des changes serait inévitable.

Eviter l’inflation

Quand les monnaies nationales existaient dans le cadre du Système monétaire européen, chaque dévaluation donnait lieu à la mise en place de plans de rigueur pour limiter les effets inflationnistes et améliorer la compétitivité de l’économie. Ce fut le cas en 1983 avec l’application de la politique de désinflation compétitive par Pierre Bérégovoy.

La dépréciation entraînerait l’augmentation des prix des produits importés or la France est fortement dépendante de l’extérieur pour l’énergie et pour de nombreux biens industriels. Cette augmentation des produits importés diminuerait le pouvoir d’achat des Français et grèverait les coûts des entreprises.

L’Etat serait contraint de prendre des mesures pour entraver la dérive inflationniste, mesures qui pourraient prendre la forme d’un gel des prix et des salaires.

Quel impact pour le commerce extérieur ?

La France est déficitaire depuis 7 ans. Retrouverait-elle un excédent avec le changement de monnaie ?

Le premier effet de la dépréciation serait une détérioration des termes de l’échange. Les biens français vendus à l’étranger perdraient en valeur quand les prix des produits importés augmenteraient. Il en résulterait une aggravation du déficit commercial. Si grâce à la diminution des prix et à la capacité de l’appareil de production de répondre à la demande (si elle existe), les exportations pourraient progresser plus rapidement (courbe en J liée à la dévaluation). Il n’en demeure pas moins qu’il faut prendre en compte les surcoûts liés à l’inflation importée et le fait que le facteur prix n’est pas le seul élément pris en compte dans es échanges internationaux. L’Allemagne réussit à dégager des excédents de 150 milliards d’euros en jouant bénéficiant des gains liés à l’appréciation monétaire.

Quelles conséquences pour les particuliers ?

Au moment de la chute de la zone euro, les particuliers ne ressentiraient que l’angoisse du précipice, du vide. Ce n’est que dans un second temps que le réveil pourrait être plus difficile.
Pour les salaires, un encadrement serait institué avec à la clef une perte de pouvoir d’achat. Les vacances à l’étranger coûteraient plus chères avec, en outre, un possible retour du contrôle des changes.
Afin de rassurer les créanciers et éviter une dépréciation sans fin de la monnaie, des plans d’assainissement avec augmentation des impôts devront être adoptés.
L’augmentation des taux d’intérêt freinerait la capacité d’emprunt des ménages.
La dépréciation des monnaies en renchérissant les produits importés (non substituables pour un grand nombre) pèserait sur les dépenses de consommation.
Pour l’épargne, la situation serait fonction des mesures prises par les pouvoirs publics et de la capacité des Etats à rembourser leurs créances. L’intervention du FMI avec des plans de rigueur à la clef est fort probable avec un objectif, éviter l’implosion de la sphère financière.
Le patrimoine immobilier pourrait être impacté du fait des difficultés à accéder au crédit. Il y aurait un premier effet « valeur refuge » avec des sorties au sein des placements financiers puis un second effet « baisse des prix » du fait des conditions de crédit. Néanmoins, les étrangers auraient une capacité d’achat accrue du fait de la dépréciation monétaire.

Quel impact pour les entreprises ?

Moins d’investissement, risques de contrôle des prix et des salaires, augmentation des charges, la sortie de l’euro auraient plus d’inconvénients que d’avantages.
Les entreprises intervenant sur le marché international subiraient une dégradation des termes de l’échange avec l’espoir de pouvoir vendre plus.
L’accès au crédit serait encore plus difficile.
Les actifs détenus à l’étranger seraient en revanche revalorisés en fonction de la dépréciation.
Pour les entreprises étrangères, les actifs français seraient dépréciés.

Quel impact pour la croissance ?

La sortie de l’euro aurait un impact psychologique important. Les investisseurs se détourneraient de la France. Un attentisme généralisé est à craindre. Par ailleurs, la dépréciation monétaire provoquerait une perte de valeurs pour tous les acteurs et en premier lieu pour les institutions financières.

Le financement de l’économie serait complètement administré. Des mesures au niveau mondial devraient être instituées afin d’éviter une implosion de la sphère financière qui devrait encaisser d’importantes moins-values.

La sortie de l’euro devrait pour plusieurs années se traduire par moins de croissance. L’impact dépendrait des plans mis en œuvre par le FMI, l’Union européenne.

La croissance serait freinée par le recul de l’investissement (incertitudes, augmentation des taux d’intérêt) et par la consommation (augmentation des prix des produits importés et gel du pouvoir d’achat).

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Les scénarii de sortie de l’euro sont délicats à réaliser car ils dépendent des modalités de sortie. Un éclatement incontrôlé mènerait inévitablement à la catastrophe économique et financière. Une sortie organisée signifierait sans nul doute la mise sous tutelle des Etats concernés par le FMI avec des mesures d’accompagnement pour éviter l’implosion financière. En cas d’éclatement incontrôlé, les tentations protectionnistes et les pratiques non coopératives pourraient provoquer une série de chocs. En revanche, en cas de politiques concertées et de réintroduction d’un système monétaire européen, l’impact sans être nul pourrait être lissé dans le temps.

Il faut prendre en compte les effets cumulatifs de la sortie de l’euro avec interdépendance des facteurs. Les curseurs qui joueraient contre la croissance en France comme dans les autres pays seraient nombreux. L’Allemagne serait la première victime en raison de sa dépendance au commerce extérieur. La destruction de la zone euro la priverait de son premier marché, l’Europe. Il en est de même pour la Chine. La France premier fournisseur et client de l’Allemagne serait impactée par les difficultés de son voisin et inversement. Le risque de l’enclenchement d’une spirale non maîtrisée n’est pas nul. De toute façon, la sortie de l’euro entrainerait un appauvrissement de la France. Pour ces différentes raisons, il est important de sauver la monnaie commune.

mercredi 19 octobre 2011

De profundis

De jour en jour, au-delà du risque de plus en plus fort de récession, c’est le grippage complet de l’économie européenne qui se profile. Comme en 2008 et 2009, la méfiance généralisée des acteurs financiers se propage à l’ensemble des intervenants économiques. Les banques refusent de se prêter entre-elles mais aussi restreignent l’accès au crédit pour leurs clients. Elles veulent augmenter leurs liquidités tout en réduisant au maximum leurs engagements. Les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi bas ou presque mais cette situation ne profite pas aux emprunteurs. Le blocage de l’économie par asphyxie nous guette. Les Etats européens, à la fois sous le regard des agences de notation et de l’Allemagne, n’ont pas d’autres choix que d’adopter des plans d’assainissement de leurs comptes publics avec à la clef un fort risque d’enclenchement d’une spirale récessionniste. La Grèce est confrontée à cet écueil, la récession rendant toujours plus difficile la réduction des déficits. Cette règle se vérifiera d’autant plus que ce n’est plus la Grèce, l’Irlande, le Portugal qui mettent en œuvre des plans de réduction des déficits publics mais l’ensemble des Etats européens. L’effet cumulatif de ces plans sera élevé dans les prochains mois. L’idée qu’une purge est nécessaire pour stabiliser une économie pourrait être séduisante à condition qu’elle soit maitrisable et maitrisée or tel n’est pas le cas. La zone euro paie au prix fort la divergence de certaines économies. Au-delà de la question de l’endettement, c’est bien la compétitivité des Etats du sud de l’Europe qui est posée vis-à-vis de l’Allemagne et des autres Etats de l’Europe du Nord. L’absence de mécanisme d’ajustement, mobilité de la population, fonds d’intervention, rend périlleux le retour à l’équilibre. Ce dernier ne peut être obtenu que par une réduction des salaires et de la protection sociale. Or, l’Europe se caractérise également par une rigidité de ses salaires à la baisse. Le recours à la dette n’a permis que de masquer les faiblesses économiques de la Grèce, du Portugal ou de l’Espagne voire de l’Italie ou de la France. Les allocations, les subventions ou les crédits immobiliers ont pallié à l’absence de gains réels de pouvoir d’achat. La productivité des actifs grecs, espagnols, portugais, italiens et français s’est dégradée depuis le début des années 2000 avec une accélération depuis cinq ans. La position allemande peut apparaître égoïste mais elle n’est pas illogique. Les Allemands ont consenti des efforts pour stabiliser leurs coûts et améliorer le taux de marge de leurs entreprises. Ils ont engrangé de la croissance, des excédents commerciaux et ont pu limiter le recours au déficit. Ils considèrent que les autre Etats doivent suivre leur politique. Les réminiscences du passé sont encore fortes. Toute utilisation de la planche à billets sous la forme d’intervention de la Banque centrale leur rappelle les charrettes de billets qui traversaient villes et villages dans les années 20. Les facilités monétaires sont associées à la faillite de la démocratie et à l’arrivée d’Hitler. Certes, les Allemands d’aujourd’hui ont besoin de l’euro, des marchés de l’Europe du Sud mais les démons du passé hantent encore de nombreuses maisons Outre-Rhin. Cette crise protéiforme semble pour le moment échappé aux pouvoirs publics. Les menaces, il faut l’avouer, sont multiples. Certains craignent le retour de la stagflation avec cohabitation de l’inflation et de la stagnation, d’autres de la déflation. L’économie mondiale est sujette aux évolutions des cours des matières premières et de l’énergie. Il y a depuis 1973 et le premier choc pétrolier une concomitance entre augmentation des cours des matières premières et ralentissement économique. La crise de 2008 est survenue avec l’augmentation des taux d’intérêt provoqué par la résurgence des tensions inflationnistes liées à l’augmentation des cours du pétrole et des produits agricoles. Fin 2010 et début 2011, du fait de la progression de la croissance mondiale nourrie par celle des pays émergents, la même cause entraina la même conséquence. Avec des taux de chômage élevé et un trend à la baisse des actifs financiers, les risques inflationnistes sont à court terme exagérés. Un scénario à la japonaise est plus vraisemblable et guère plus enthousiasmant. Une course contre la montre est en route avec en filagramme un poker menteur. Les Allemands refusent de payer tout en souhaitant sauver l’euro, les autres attendent que les Allemands paient en sachant qu’ils ont besoin d’eux. Mais, le temps presse car la facture s’alourdit et la récession risque de prendre ses quartiers. Renvoyer le règlement de la crise à l’adoption d’un nouveau traité qui permettrait la mise sous tutelle aux Etats impécunieux ne résoudra rien voire au contraire ne pourra accélérer la marche vers le précipice et donner raison aux partisans des scénarii extrémistes. Le seul objectif d’assainissement des comptes publics ne saurait suffire à régler la crise qui est avant tout une crise de divergence économique au sein de la zone euro. Des mécanismes d’intervention doivent être créés pour permettre à des économies en situation de faiblesses structurelles de retrouver le chemin de la croissance. L’intégration économique est restée au milieu du gué depuis 1999. Depuis le départ de la monnaie unique, la zone monétaire n’était pas optimale surtout en cas de choc de grande ampleur. L’euro a survécu à l’éclatement de la bulle Internet, au 11 septembre 2001 mais face à la crise de 2008, les forces centrifuges éloignent les pays des uns des autres. Les réponses en agissant sur les taux, sur la demande publique, en stop and go, ont échoué. La nécessité d’intervenir sur l’offre avec un chômage qui s’installe à 10 % voire beaucoup plus, devrait être une priorité de l’Europe qui dispose des marges pour investir dans des politiques d’infrastructures, de formation, de développement de certains porteurs…

lundi 3 octobre 2011

la Tribune de l'Assurance

Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des Epargnants, a été interrogé par la Tribune de l'Assurance au sujet du marché d épargne. Lire l'article

mercredi 17 août 2011

Crise : qui va payer

Après deux semaines de turbulences financières et après la confirmation du ralentissement de l'économie, la question de qui va en payer les conséquences sera au coeur de la rentrée d'autant plus que jamais la présentation d'un projet de loi de finances ne sera étudiée avec attention par les investisseurs. Le dernier budget du premier quinquennat de Nicolas Sarkozy ne sera pas le plus simple à réaliser même si le Gouvernement s'était donné quelques marges de manoeuvre.

Lire l'article du nouvelobs.com pour lequel le Cercle des Epargnants a été consulté.

jeudi 11 août 2011

15 août 1971 - 15 août 2011 : de la fin de la convertibilité du dollar à la crise des dettes souveraines

Depuis la fin du mois de juillet, les places boursières ont perdu entre 15 et 20 % de leur valeur. Le plan de sauvetage grec comme les annonces des gouvernements et des banques centrales n’arrivent pas à endiguer le processus de dépréciation des actifs.

Les pouvoirs publics n’arrivent pas à reprendre la main sur cette crise qui prend les formes d’un krach boursier estival. Quelles sont les causes de cette incapacité à inverser la tendance.

1. Les pouvoirs publics en mal de bonne gouvernance

La crise est née d’un problème de gouvernance de part et d’autre de l’atlantique. Aux Etats-Unis, l’absence de consensus pour présenter un plan crédible d’assainissement des comptes publics a, en grande partie, justifié la décision de Standard and Poor’s d’abaisser la note américaine.

En Europe, le plan du 21 juillet a été arraché après de dures négociations et il n’entrera en vigueur qu’après de longues discussions parlementaires. L’Europe gère les crises au fil de l’eau. Le Fonds européen de stabilisation financières est insuffisamment doté (440 milliards d’euros réellement disponible quand la dette italienne s’élève à plus de 2000 milliards d’euros).

Les interventions de la Banque centrale européenne à travers les achats de titres espagnols et italiens prouvent la réalité du problème dans ces deux pays ; or ses interventions font l’objet de critiques de la part de l’Allemagne et trouveront rapidement leurs limites.

La Banque centrale américaine a réussi circonvenir l’incendie mais sans l’éteindre en promettant de maintenir des taux bas jusqu’à mi-2013. Un tel engagement est sans précédent et constitue un aveu de faiblesse. Il est le signe évident de l’attente d’un ralentissement économique et de l’épuisement des autres instruments de la politique économique. L’argent à taux zéro, déjà responsable des subprimes, ne saurait résoudre la crise. Tout comme le quantitative easing, il soulage sans guérir.

Les politiques non-coopératives en Europe comme aux Etats-Unis prennent le dessus. Quarante ans après l’annonce par Richard Nixon de la fin de convertibilité du dollar avec l’or, le 15 août 1971, la fuite en avant s’impose de plus en plus.

Les investisseurs semblent attendre des initiatives plus fortes que les annonces de rigueur budgétaire. Il y a une demande de coordination et de règlement structurel des dettes (régulation financière, eurobonds…) en lieu et place d’une politique au fil de l’eau.

2. Le ralentissement voire la récession est de plus en plus anticipé

Les résultats du second trimestre démontrent un net ralentissement au sein de la zone euro comme aux Etats-Unis. L’accumulation des plans de rigueur accroît cette tendance récessionniste d’autant plus qu’aucun gisement de croissance n’apparaît. Les investisseurs recherchent donc la sécurité et désinvestissent donc du marché actions. Un cercle vicieux risque de s’engager avec le ralentissement économique qui diminue les recettes des Etats et augmente les dépenses sociales.

Les derniers résultats français, chômage, production industrielle, consommation, prouvent également que le ralentissement économique est malheureusement bien engagé.

Les outils classiques de l’économie ont été utilisés et sont usés : relance keynésienne, taux d’intérêt faible… Il n’y a plus de marges pour de nouveaux plans de relance. Au contraire, l’exigence d’assainissement des comptes publics accentuera le ralentissement ce qui incite les investisseurs à sortir du marché actions.

3. La fragilité du système bancaire et financier amplifie le mouvement de baisse

La crise de 2008/2009 était avant tout financière. Les premiers plans mis en œuvre par les Etats avaient pour objectifs de sauver la sphère financière de l’implosion. Et d’assurer le fonctionnement du marché interbancaire. Après plus d’une semaine de baisse des cours, le secteur financier commence à être de nouveau sous tension. Le développement d’une méfiance généralisée serait pour la croissance fatale d’autant plus que les Etats ne pourraient pas rejouer leur rôle de garant de dernier ressort.

En outre, la diminution des valeurs boursières diminue les fonds des établissements financiers soumis à des contraintes prudentielles renforcées depuis la crise de 2008. Cette situation devrait conduire à un resserrement de la politique du crédit et a dégradé leur résultat.

4. Un impact direct pour les épargnants français limité pour le moment

Le patrimoine des Français est évalué à plus de 10 000 milliards d’euros. Le patrimoine financier et plus modeste ; il s’élève à 3250 milliards d’euros. La part principale du patrimoine est constituée de biens immobiliers.
En ce qui concerne la partie financière, les actions cotées représentent environ 500 milliards d’euros dont une grande partie est logée dans des OPCVM (SICAV, FCP) et dans les unités de compte des contrats d’assurance-vie (250 milliards d’euros sur un encours total de 1400 milliards d’euros).

85 % des contrats d’assurance-vie sont investis en fonds euros et bénéficie, à ce titre, d’une garantie en capital de la part des compagnies d’assurances. Les livrets A, les comptes sur livret, les plans d’épargne logement bénéficient d’une garantie en capital. La rémunération de ces placements dépend des taux d’intérêt et de l’inflation. Les taux d’intérêt sont actuellement stables notamment du fait que la France soit notée triple A.

La France compterait 4,2 millions d’actionnaires contre plus de 6 millions en 2008.
De ce fait, le nombre de Français réellement impactés par la crise est modeste d’autant plus que la perte n’est réalisée qu’au moment de la vente.

Les actions sont majoritairement détenues par les investisseurs institutionnels (assurances, fonds de pension et fonds souverains dont les actifs dépassent 54 000 milliards de dollars. Néanmoins, une dépréciation des actifs a des incidences sur le montant des pensions servies, sur les rendements des produits d’épargne ou sur la capacité d’investissement des fonds. Donc indirectement, nous sommes impactés par une dépréciation des actifs qui traduit en outre des anticipations d’un futur ralentissement économique.

En cas de faillite d’une banque (il faut souligner que la situation financière des banques françaises figure parmi les meilleures en Europe), le Fonds de garantie de dépôt indemnise les particuliers dans la limite de 100 000 euros. Cette garantie couvre les comptes courants et les comptes sur livrets (plan d’épargne logement compris). Par ailleurs, les comptes titres bénéficient d’une garantie de 70 000 euros tout comme les contrats d’assurance-vie. Ces garanties ne présagent pas d’éventuelles décisions qui pourraient être prises par les pouvoirs publics pour améliorer l’indemnisation des clients.

5. Les conséquences à terme

Le ralentissement économique

Le ralentissement économique devrait se concrétiser par le prolongement de la dégradation du chômage constatée depuis deux mois.

La croissance qui était sur une tendance de 2 % risque de tendre vers 1 % assez rapidement avec comme conséquence une augmentation du chômage.

Un durcissement de la politique fiscal

Les Français doivent s’attendre à la mise en œuvre de mesures d’assainissement qui seront d’autant plus difficiles que le ralentissement économique sera fort. Les risques d’augmentation des impôts (au-delà de l’action sur les niches fiscales) sont importants (après l’élection présidentielle si on peut tenir jusqu’au mois de mai 2012). La pression pour un relèvement de la CSG et ou de la TVA est évidente.

Un pouvoir d’achat incertain

Depuis le début de l’année, le pouvoir d’achat des Français a diminué du fait de l’augmentation des prix des matières premières et de l’énergie.

Dans les prochaines semaines, une détente est attendue sur les matières premières. La baisse du cours du pétrole devrait se prolonger d’autant plus si l’euro s’apprécie par rapport au dollar (la gestion de la crise par l’Europe pourrait infléchir la donne en cas de mésentente entre la France et l’Allemagne). Cette baisse sera d’autant plus nette si l’Asie et la Chine sont impactés (secteur financier et exportations).

En revanche, les prélèvements fiscaux et sociaux devraient ponctionner les revenus. Les majorations salariales seront plus faibles ainsi que les revenus issus du patrimoine.


L’immobilier marche sur une crête incertaine

Les prix de l’immobilier ont beaucoup augmenté, surtout dans les grandes villes, depuis la fin de la récession en 2009 (plus de 17 % à Paris). L’immobilier a constitué une valeur refuge en ces temps de crise. Il faut attirer l’attention sur le fait que l’immobilier connaît des cycles. Entre 1992 et 1997, les prix avaient baissé de 30 à 40 % dans certaines régions. Par ailleurs, plus le prix d’achat est important, plus le rendement risque d’être faible. Le rendement locatif tourne autour de 2 à 3 % avant impôt.

Depuis quelques semaines, une inflexion sur le marché est constatée avec un ralentissement du nombre de transactions et un allongement des délais de vente. Le resserrement des conditions de crédit ainsi que les menaces sur le pouvoir d’achat pourraient générer un processus de baisse. Le marché est jugé surévalué de 20 à 30 %

mercredi 10 août 2011

la face cachée de la politique monétaire américaine


Si la décision de la Banque centrale américaine, mardi 9 août, de maintenir jusqu'à la mi 2013, les taux "Fed funds" entre 0 et 0,25 % a contribué à calmer les marchés financiers, elle n'est pas porteuse de bonnes nouvelles.

Cette mesure confirme les craintes d'un ralentissement de l'économie américaine. Du fait de l'impossibilité d'utiliser l'arme budgétaire, le recours à la politique des taux demeure aujourd'hui un des rares instruments conjoncturels encore possibles. Il faut souligner que la politique des faibles taux est en vigueur depuis dix ans quasiment sans interruption et qu'elle est à l'origine du désastre financier de 2008 avec les subprimes.

Cette politique aboutit à modifier la notion de perception des risques et n'encourage pas les investisseurs à se projeter dans l'avenir compte tenu du faible niveau de rémunération de l'argent. Le risque de trappe à liquidités est important.

Par ailleurs, la Banque centrale américaine ne s'interdit pas de réinjecter des liquidités dans le cadre d'une opération appelée "quantitative easing" même si des oppositions au sein du comité de politique monétaire apparaissent. Du fait du retour à la normale de l'inflation, certains estiment nécessaire pour éviter tout blocage sur le marché interbancaire d'utiliser pour une troisième fois cette technique qui s'assimile à la planche à billets. D'autres jugent que le bilan de la Banque centrale est de plus en plus déséquilibré et que le quantitive easing ne peut pas être utilisé en permanence.

Face à la crise financière de ce début du mois d'août, les pouvoirs publics semblent vouloir gagner du temps. Il y a même un réel danger pour le développement de pratiques non-coopératives. Les Etats-Unis jouent de l'arme monétaire pour faire baisser le dollar et pour maintenir les taux d'intérêt bas ce qui diminue d'autant le coût de leur dette.

Face à cette politique, l'Europe apparaît divisée et immobile, son calendrier d'actions étant dictée par les institutions de chaque pays membre. Les marges de manoeuvre de la Banque centrale européenne semblent limitées du fait de l'absence de consensus. Les réticences voire les oppositions allemandes pour l'instauration de mécanismes européens de refinancement des dettes ont pour conséquence que l'Union européenne subit plus qu'elle n'anticipe les mesures américaines.

Le recours à des politiques de taux non-coopératives peut entraîner l'économie mondiale dans une spirale à la japonaise. Depuis les années 90, le Japon pratique des taux nuls ou quasi-nuls, le déficit et la dette publiques avec comme résultat, la stagnation économique. Du fait des réserves accumulées durant les années 80 et du fait du déclin démographique, cette stagnation a de moindres conséquences sociales que si elle prenait racine en Europe (en particulier en France ou au Royaume-Uni dont les populations augmentent) ou aux Etats-Unis (dont le modèle social suppose un fort taux de croissance).

L'épargne est-elle en danger" Interview sur I Télé

Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des Epargnants, a répondu aux questions d'I Télévision au sujet des conséquences de la crise financière sur l'épargne des Français. Il a souligné que l'impact direct serait relativement faible du fait que les épargnants français sont peu exposés au risques actions. Il a indiqué que les fonds euros des contrats d'assurance-vie bénéficie d'une garantie de capital et que les épargnants devaient s'informer avant d'agir, la précipitation étant, en règle générale, de mauvais conseil.

regarder le reportage d'I Télé

lundi 8 août 2011

vendredi 5 août 2011

Quelques conseils à des épargnants déboussolés


La crise financière de 2008 s’est muée en une crise des dettes publiques. Les investisseurs et donc les marchés craignent la rechute économique et donc la récession. L’absence de visibilité et de consensus au sein des pays ainsi qu’au niveau international accroit les tensions. La baisse des différents indices boursiers n’est que la traduction ce malaise économique. Or, la bourse, par définition, sur-réagit d’autant plus que les facteurs émotionnels prennent une place de plus en plus importante dans le traitement de l’information.



Face aux menaces financières que faut-il faire et surtout éviter de faire avec son argent ?


Mettre tout son argent sous son matelas, une très mauvaise solution


Face à la succession de crises financières et aux menaces de banqueroute des Etats, certains pourraient avoir la tentation de retirer tout l’argent de leur banque et de le mettre sous leur matelas. C’est une très mauvaise idée sauf pour les éventuels cambrioleurs…
Les compagnies d’assurances tout comme les banques sont soumises à des normes dites prudentielles en vertu desquelles elles doivent pouvoir faire face à des chocs systémiques. Leurs fonds propres sont obligatoirement diversifiés (obligations, actions, immobilier…) afin de ne pas être trop fortement impactés en cas de crise.


En outre, il faut savoir qu’au cas où votre banque ferait faillite, le Fonds de garantie de dépôt indemnise les particuliers dans la limite de 100 000 euros. Cette garantie couvre les comptes courants et les comptes sur livrets (plan d’épargne logement compris). Par ailleurs, les comptes titres bénéficient d’une garantie de 70 000 euros tout comme les contrats d’assurance-vie. Ces garanties ne présagent pas d’éventuelles décisions qui pourraient être prises par les pouvoirs publics pour améliorer l’indemnisation des clients.


Vendre toutes ses actions



Le mouton de panurge n’est pas mort. L’épargnant commet souvent l’erreur d’acheter au plus haut, de vendre au plus bas et d’être ainsi toujours perdant. C’est ainsi que de nombreux épargnants ont acheté en 2000 au moment de la bulle Internet et sont toujours dix ans plus tard en moins-values.
Dans un marché en crise, il ne faut pas obligatoirement rester immobile. La vente d’actions peut être réalisée à condition de vouloir revenir sur ce marché. Certes, cela suppose avoir un esprit un peu aventurier ; il peut être, en effet, intéressant de vendre à la baisse pour racheter au moment où le point bas aura été atteint pour dégager de plus amples plus-values. Evidemment, il ne faut pas rater les bons moments….


Au-delà des vicissitudes actuelles, plusieurs points ont à prendre en considération.


A court terme, les risques de stagnation ne sont pas nuls et les marchés anticipent cette dégradation. Les actions des grandes entreprises dont la grande majorité est bien gérées sont donc attractives. Il est impossible en l’état actuel de déterminer la date de retournement mais le potentiel de gains n’est pas négligeable surtout pour les entreprises qui sont présentes au sein des pays émergents et sur les secteurs porteurs (agro-alimentaire, équipement, transports, réseaux…).


Il ne faut pas oublier que les actions rapportent des dividendes ; or les entreprises continuent à faire des bénéfices.


Il ne faut donc certainement pas se débarrasser de ces actions. Il peut être utile d’effectuer des arbitrages afin de vendre des poids morts et racheter des actions à fort potentiel.


Faut-il conserver son contrat d’assurance-vie ?


Après le Livret A, l’assurance-vie est le principal outil d’épargne des Français. 42 % des ménages possèdent un contrat d’assurance-vie. Le montant de l’épargne capitalisée est de 1400 milliards d’euros.
Les contrats d’assurance-vie sont, dans les faits, des enveloppes contenant des produits financiers et bénéficiant d’un régime fiscal spécifique.


Deux types de produits financiers sont insérés dans ces enveloppes : le fonds euros et les unités de compte.


Les compagnies d’assurances garantissent le montant en capital des versements des assurés sur le fonds euros. Cette garantie peut-elle être remise en cause du fait des crises ?


L’argent collecté dans le cadre du fonds euros est investi principalement en produits de taux et en immobilier. Les compagnies diversifient leurs placements afin d’éviter d’être trop dépendants d’un émetteur. Dans le fonds euros, il y a donc principalement des emprunts d’Etat mais aussi des obligations d’entreprises, des titres monétaires et de l’immobilier. La part des obligations d’entreprises s’est accrue ces dernières années.


Que se passerait-il si un Etat ferait défaut ?


Les compagnies d’assurances feraient passer en provisions les éventuelles pertes et devraient les compenser en puisant notamment sur leurs fonds propres dont le montant et la composition sont réglementés.


La faillite de l’Etat grec pourrait-il avoir une incidence sur les fonds euros ?


Chaque titulaire de contrat d’assurance-vie est par son fonds euros susceptible d’avoir quelques euros de dette grecque. Les compagnies d’assurance ont les moyens de faire face à l’étalement de cette dette sans que cela affecte les épargnants. Il est donc sauf besoin financier ou dans l’optique d’un investissement de sortir du fonds euros.


Le rendement du fonds euros risque-t-il encore de baisser ? La rémunération des fonds euros a baissé ces dernières années du fait de la diminution des taux d’intérêt. En outre afin de sécuriser au mieux les fonds euros, les compagnies d’assurance sont incitées à investir sur des titres très bien notés et qui offrent, de ce fait, de faibles rendements comme le Bund allemand.


Faut-il vendre ses unités de compte ?


Les unités de compte représentent des parts d’actions et obéissent à la même logique que ces dernières, logique examinée ci-dessus. Vendre pour vendre, c’est la garantie d’une perte ; vendre pour racheter, c’est une option pour un gain futur. Il ne faut donc pas sur-réagir et se précipiter.


L’or est-il le meilleur placement ?


Plus dure sera la chute !


Depuis 2005, le prix de l’or a été multiplié par plus de quatre. Ces derniers jours, l’once d’or a battu record sur record. Mais, il ne faut pas oublier que l’or n’est pas un placement tranquille. Lors du second choc pétrolier, l’or avait déjà connu une flambée de son cours, il avait été également multiplié par quatre, avant de chuter de plus de 50 % et rester stable pendant près de vingt ans. En outre, à la différence des produits financiers, l’or ne rapporte rien.


A plus de 1600 dollars l’once, le prix d’achat est élevé. Si vous voulez acheter à tout prix de l’or, il faut surtout penser à le revendre assez rapidement afin d’éviter d’être bloqué pour plusieurs années. Pour ceux qui l’ont acheté à 400 ou à 1000 euros, le temps de vendre est venu.


L’or n’échappe pas à l’impôt. Les plus-values sont soumises à un impôt de 31,3 % ou à une taxe forfaitaire sur le capital de 8 %.


Le Livret A, il n’y a que cela de vrai ?


Les Français plébiscitent le Livret A avec une épargne capitalisée de plus de 200 milliards d’euros. Ce produit bénéficie de la garantie de l’Etat et son taux de rendement est de 2,25 %. En réel, une fois l’inflation enlevée, le rendement n’est plus que de 0,15 % mais la sécurité n’a pas de prix. Plafonné à 15 300 euros, il est l’outil de base mais pas exclusif du parfait épargnant.


Pas de salut sans immobilier ?


Les prix de l’immobilier ont beaucoup augmenté, surtout dans les grandes villes, depuis la fin de la récession en 2009. L’immobilier a constitué une valeur refuge en ces temps de crise. Il faut attirer l’attention sur le fait que l’immobilier connaît des cycles. Entre 1992 et 1997, les prix avaient baissé de 30 à 40 % dans certaines régions. Par ailleurs, plus le prix d’achat est important, plus le rendement risque d’être faible. Le rendement locatif tourne autour de 2 à 3 % avant impôt.
Depuis quelques semaines, une inflexion sur le marché est constatée avec un ralentissement du nombre de transactions et un allongement des délais de vente. Le resserrement des conditions de crédit ainsi que les menaces sur le pouvoir d’achat pourraient générer un processus de baisse.

jeudi 21 juillet 2011

Il n’y aura pas d’été meurtrier pour les épargnants



La crise grecque est à son deuxième acte. Certes, en mai et juin 2010, avec l’adoption du premier plan portant sur 110 milliards d’euros et avec la création du Fonds européen de stabilité financière, il avait affirmé que l’Europe de l’euro avait surmonté sa première crise.

Quatorze mois plus tard, certains considèrent qu’ils ont été trompé ; d’autres que la Grèce est un puits sans fond.

Or, la dette grecque qui est de 350 milliards d’euros est composée de titres à durée réduite. Il était dès le départ connu que les échéances de juillet 2011 à juillet 2013 seront tendues. Par ailleurs, le plan d’austérité de la Grèce s’est traduit par une contraction du PIB et ne permet que faiblement de dégager des ressources pour rembourser la dette.

La Grèce ne menace en tant que telle marginalement l’euro ; en effet, ce pays représente 3 % du PIB de la zone euro. Sa dette publique correspond à deux ans de déficit public français.

La question n’est pas la dette grecque mais celle du précédent. Les Allemands ne veulent pas payer avant d’avoir les preuves tangibles de l’assainissement. Ils souhaitent également que les prêteurs prennent leurs responsabilités. La Banque centrale européenne veut par-dessus-tout éviter la banqueroute d’un Etat membre de la zone euro qui pourrait avoir un effet domino sur d’autre pays. La France tente de mettre en avant la solidarité européenne pour éviter que ces banques soient trop impactées et que la spéculation ne se déplace vers l’Italie et vers l’Espagne.

Dans la pratique, tous les pays membres et en premier lieu les grands pays, ne peuvent pas accepter la politique du pire. La sortie de l’euro de la Grèce serait synonyme de banqueroute totale de ce pays qui devrait rembourse au prix fort et qui n’aurait guère plus de recettes du fait que son économie est avant tout axée sur le tourisme et les services. L’Allemagne principal exportateur et avant tout au sein de la zone euro ne pourrait que pâtir d’une appréciation de l’euro. L’Italie, l’Espagne, le Portugal seraient rapidement mis sous pression. L’éclatement serait au bout de la route avec des risques indéniables de détricotage de l’Europe.

Deux voies s’ouvrent, celle de l’ajustement jusqu’en 2012 ou la mise en place d’un plan plus ambitieux.

La capacité de répondre à cette première grande crise de l’euro peut permettre de tourner la page de l’échec de la constitution européenne marquée par la victoire du non au référendum français de 2005.

L’Union européenne a toujours connu des crises du Général de Gaulle à aujourd’hui mais elle s’est fortifiée que dans le mouvement. C’est le statuquo qui grippe le système. L’absence de nouveaux projets, le refus d’aller vers plus de fédéralisme fragilisent l’ensemble de l’édifice.

Les crises, les scandales donnent lieu, de plus en plus, à des charges médiatiques à fort contenu émotionnel. La montée aux extrême fait parti du jeu. Il en résulte une banalisation des mots.

Les Français qui sont épargnants dans l’âme en consacrant en moyenne 16% de leur revenu disponible brut à l’épargne, doivent-ils abandonner leur contrat d’assurance-vie, leurs actions, leurs obligations et choisir leur matelas, l’or ou l’immobilier.

Force est de constater que 41 % des ménages français qui possèdent un contrat d’assurance-vie n’ont pas décidé d’effectuer des rachats. En 2010, ils ont versé 143 milliard d’euros de cotisations. Même si en 2011, un ralentissement est constaté ; la collecte reste positive. L’encours d l’assurance-vie est de 1400 milliards d’euros, ce qui constitue le principal placement financier des ménages français loin devant les Livrets A qui pèsent 200 milliards d’euros.

L’épargne des souscripteurs de contrats d’assurance-vie est affectée à 85 % en fonds euros qui bénéficie de la part de la compagnie d’assurance d’une garantie en capital. Ce fonds euros est composé essentiellement de titres obligataires publiques et privées. Pour les assurés français, il comprend des titres d’emprunt d’Etat (environ 50 %) et des titres d’autres Etats dont la Grèce mais aussi des obligations d’entreprise. Le rééchelonnement de la dette grecque aura pas d’incidence sur le capital car la part de cette dette est réduite et en outre les compagnies d’assurances disposent de fonds propres pour faire face à un accident de cette nature. Il faut souligner que les normes prudentielles sont en cours de durcissement.

Au sein des contrats d’assurance, la deuxième poche d’épargne est constituée des unités de compte, c'est-à-dire des actions. Celles-ci évoluent en fonction du marché. Il serait peu rationnel de vouloir sortir en pleine crise et encaisser des moins-values. En revanche, il n’est pas interdit de faire des arbitrages afin de se séparer de fonds ou de titres à faible potentiel et acquérir à bon prix des fonds à forte capacité de rebond. Les entreprises ont depuis le début de la crise largement opéré leur désendettement et pour celles qui opèrent à l’international bénéficient du vent de la croissance mondiale. Il y a donc de véritables opportunités à saisir.

L’option de sortir l’argent de ses placements pour acheter de l’or est sans nul doute très dangereuse. Il ne faut pas oublier qu’une fois acheté, l’or ne rapporte rien à la différence du fonds euro, du Livret A. Il faut se souvenir que le cours de l’once d’or avait atteint 2400 dollars lors du second choc pétrolier avant de revenir à 1000 dollars et de connaître près de vingt ans de stagnation. A plus de 1600 dollars, il faut non pas acheter mais vendre.

Reste le matelas mais en période estivale, c’est tenté les voleurs.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les comptes courants sont garantis jusqu’à hauteur de 100 000 euros. Certes, cela ne rapporte rien mais pour les angoisser, il y a la possibilité de répartir toute sa fortune s’il y a fortune sur plusieurs banques…


mardi 12 juillet 2011

Casser le thermomètre ne résout pas une crise

Face à l’amplification de la crise des dettes souveraines en Europe, de plus en plus de voix se font entendre pour condamner les agences de notations. Elles sont jugées responsables du jeu de domino auquel nous assistons. Elles sont accusées de jouer contre l’Europe car elles sont américaines ; il faut noter que l’agence Ficht est dirigée par un Français. Elles seraient coupables de favoriser les spéculateurs et les oiseaux de mauvais augure.

Certes, la question de l’indépendance des agences de notation peut être soulevée tout comme la compétence des experts en charge de noter les Etats ou les entreprises ; il n’en demeure pas moins que ces agences remplissent un rôle d’information et de transparence capital au sein des marchés financiers. Les investisseurs doivent pouvoir connaître les risques qu’il prend en plaçant son argent.

En vertu de quoi, les agences fermeraient les yeux sur les dangers de l’emballement de la dette dans les pays européens. Leur mission est de conseiller les investisseurs et non de se faire élire. Or, quand un pays masque le niveau réel de son déficit ; quand ce pays est incapable de juguler le travail au noir et quand sa croissance demeure atone ; il est évident que ses facultés de rembourser ses dettes sont amoindries.

Quand des Etats, depuis des décennies, vivent à crédit, quand leur dette publique franchit les 90 % du PIB, quand le service de la dette devient le principal poste de dépenses de l’Etat, est-il surprenant que les prêteurs demandent de nouvelles garanties voire refusent de prêter ? Les Etats ont cru s’affranchir des contraintes financières qui pèsent traditionnellement sur tout emprunteur comme une entreprise ou un particulier. Aujourd’hui, le principe de réalité s’impose.

Casser le thermomètre ne modifierait pas la donne. Les questions resteraient inchangées. En absence de notation, les investisseurs seraient de toute façon obligés d’analyser les risques d la même façon.

La crise de la dette souveraine qui frappe le vieil Occident peut provoquer une véritable crise économique et financière de grande ampleur. Elle traduit l’épuisement du modèle économique mis en œuvre depuis soixante ans. En l’absence de gains de productivité, les pays anciennement industrialisés n’ont réussi à maintenir leur niveau de vie qu’en ayant recours à l’emprunt. Que la dette soit privée ou publique, l’heure des comptes a sonné. Les transferts de capitaux générés par les déséquilibres commerciaux et par la rente des matières premières ne peuvent pas être sans incidence sur le fonctionnement de l’économie mondiale.

L’Europe paie son manque d’organisation et de solidarité, la faiblesse de sa croissance depuis 20 ans. Les Etats-Unis sont dans une situation moins délicate du fait du faible niveau de leurs prélèvements obligatoires mais, en revanche, leur économie semble s’être européanisée avec la cristallisation du chômage et l’envolée sans fin de la dette.

En 1944 et 1945, dans le prolongement des accords de Bretton Woods, les organisations internationales comme le FMI ou la Banque Mondiale avaient été créées par les Occidentaux et essentiellement par les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Ce système a perduré malgré l’abandon des changes fixes (1971 et officiellement en 1976), malgré la fin de l’URSS en 1989 et malgré le décollage de l’Asie et de l’Amérique Latine.

Que ce soit en Europe ou au niveau du G20, l’esprit n’est pas à l’innovation et à la construction d’un nouveau système de coopération économique et financière. L’ère est au sauve qui peut ; or en lors de la crise de 1929, c’est justement la montée des égoïsmes à travers le protectionnisme ou la bataille des taux de change qui a plongé l’économie dans la dépression et dans la guerre. En 2008, les Etats après quelques tergiversations, avaient réussi à monter un plan de sauvetage de la sphère financière. En 2011 et 2012, le problème est monté d’un cran car il faut endiguer une crise des Etats.

samedi 18 décembre 2010

Les bienfaits de la crise

Avec une dette publique de 83 % du PIB, un déficit public de 7,5 % du PIB, la France n'est pas sur le papier en meilleure état de forme que l'Espagne, l'Irlande ou le Portugal. Or, l'écart de taux avec l'Allemagne demaure faible même s'il a eu tendance à remonter ces derniers mois (0,4 point).

Notre salut repose pour le moment sur trois grands facteurs :

1. Notre pays dispose d'une économie plus diversifiée que les pays actuellement attaqués

2. Le taux d'endettement des ménages est faible et leur taux d'épargne élevé, autour de 16 % du revenu disponible brut. Cett capacité d'épargne constitue la contrepartie du passif public.

3. Les Français sont taxables. Même si le niveau desprélèvements obligatoires est élevé, 43 % du PIB, il est considéré que l'Etat peut très rapidement et avec un bon retour prélevé plus à la différence de certais Etats comme la Grèce dont les fuites fiscales compliquent la mise en place d'un plan d'assainissement.

4. la duration des emprunts français est plutôt longue à la différence de l'Espagne.

5. Le système bancaire très administré n'est pas menacé de faillite. Les grandes banques françaises font payer leurs services à leurs clients et ont la tradition de s'exposer qu'avec parcimonie aux risques.

Evidemment, ces atouts ne permettent pas de s'affranchir de tout assainissement car il faut le souligner que la France a acheté depuis des années sa croissance en s'endettant. Or, le taux de croissance de la France est faible, 1,7 % cette année ; autour de 1,6 % l'année prochaine tout comme ses gains de productivité. Du fait de l'augmentation de sa population à la différence de l'Allemagne, le PIB par habitant risque de continuer de reculer aboutissant à un appauvrissement des Français.

La crise des dettes souveraines doit être l'occasion d'arrêter la fuite en avant engagée depuis le premier choc pétrolier, c'est à dire de financer de plus en plus de dépenses de fonctionnement et de dépenses sociales par l'emprunt.

Les stimulis budgétaires n'ont pas réussi à relancer l'économie mais ont débouché sur un surendettement public qui aujourd'hui menace l'ensemble des contribuables et l'économie.

Les investisseurs qui réclament des primes de risques sur les pays en surendettement agissent de manière rationnelle.Ils ne veulent pas perdre leurs capitaux et demandent des sécurités obligeant les Etats à redevenir vertueux.

Après des décennies de laisser-aller qui ont tenté de faire croire qu'il suffisait de renvoyer à après-demain le réglement des problèmes pour les effacer, il est rassurant de revenir à un ordre comptable plus équlibré.