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samedi 25 août 2012
Philippe Crevel inité à "c'est arrivé cette semaine"
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vendredi 24 août 2012
Livret A : tout ça pour ça !
Initialement, François Hollande, durant la campagne présidentielle, avait promis un doublement du plafond. Face aux risques de déstabilisation de l’épargne financière et compte tenu des besoins du logement social, le pragmatisme a prévalu en retenant deux hausses de 25 %. En revanche, pour le Livret de développement durable, le plafond passera de 6 000 à 12 000 euros au mois de septembre. Le LDD sera affecté à la Banque publique d’investissement.
Selon l’Observatoire de l’épargne réglementée, 8,5 % des livrets A sont au plafond soit 5,2 millions. Ils correspondent à 43 % des encours, 89 milliards d’euros sur un total de 206 milliards d’euros.
Les chiffres divergent sur le potentiel de hausse de la collecte suite au relèvement du plafond. Certains experts tablent sur une augmentation de 15 à 20 milliards d’euros. En 2011, la collecte avait atteint un record avec 17 milliards d’euros. Sur les sept premiers mois de l’année, elle s’élève déjà à 13,29 milliards d’euros. Il est probable que le relèvement au mois de septembre permette un gain de quelques milliards d’euros. La collecte pourrait dépasser ainsi 20 milliards d’euros. Sur l’année 2013, une augmentation de 20 % de la collecte est possible.
Le Gouvernement a annoncé la construction de 150 000 logements sociaux en 2013 contre 110 000 en 2011. Une telle augmentation suppose de libérer de l’espace foncier et des capacités de réaction de la part des entreprises du bâtiment. De toute façon, le logement social ne manque pas de ressources actuellement du fait de l’augmentation naturelle de l’encours du Livret A. Compte tenu des faibles taux d’intérêt pratiqués actuellement, les organismes de logements sociaux ne font pas une réelle affaire en empruntant à la Caisse des dépôts si ce n’est qu’ils bénéficient d’un effet de mutualisation. En effet, aux 2,25 % offerts aux épargnants, il faut ajouter le coût de la collecte, un peu moins d’un point et les frais de gestion pour l’émission des prêts. In fine, les taux pratiqués tournent autour de 3,5 à 4 points.
Les transferts d’épargne au profit du Livret A s’effectueront au détriment des livrets bancaires et de l’assurance-vie. Avant même l’entrée en vigueur du relèvement du plafond, les ménages français privilégient les placements courts sans risque. Le Livret A, épargne de précaution par définition, bénéficie depuis la crise de 2009 d’un regain de popularité d’autant plus que les écarts de rémunération entre les produits de taux sont faibles.
L’Etat est amené à porter le risque d’intermédiation entre épargne courte, Livret A, et des investissements longs comme le financement du logement social ou les investissements dans l’industrie ou dans les entreprises avec la future BPI.
L’Etat prend acte du refus du Français d’investir à long terme mais ne les encourage pas à modifier leur comportement ; au contraire, il les incite à opter pour des placements défiscalisés.
Les banques à la recherche de liquidités seront pénalisées par l’augmentation du plafond ; la concentration des ressources du Livret A sur la Caisse des dépôts s’effectue de manière progressive.
La décollecte sur l’assurance-vie devrait se poursuivre d’ici la fin de l’année et atteindre entre 12 et 14 milliards d’euros. Si cela ne remet pas en cause l’architecture du premier produit d’épargne des Français, en revanche, cela pénalisera les entreprises et l’Etat. En effet, l’assurance-vie est un des grands vecteurs d’achat des obligations.
L’Etat et les régimes sociaux seront également perdants. En effet, le Livret A et le LDD étant défiscalisés et non soumis aux prélèvements sociaux, l’augmentation de la collecte génèrera un manque à gagner.
Avec un rendement de 2,25 %, le manque à gagner pour 2012 pourrait être de 177 millions d’euros avec un supplément de collecte de 20 milliards d’euros. Le coût fiscal et social du Livret A est de 2 milliards d’euros (prélèvements sociaux à 15,5 % et non application du prélèvement libératoire de 24 %.
jeudi 23 août 2012
Relèvement du plafond du Livret A
Lire l'interview dans le Nouvel Obs.fr
Lire l'interview sur le site "tout sur les placements.com"
Lire l'article sur 20 minutes.fr
mercredi 8 août 2012
L'économie française face à la récession
La chronique d’une récession malheureusement prévisible
Selon la Banque de France, l'économie française pourrait entrer officiellement en récession à compter du 3ème trimestre avec une contraction du PIB de 0,1%.
Depuis la fin de l’année 2011, la France flirte avec la récession. Au premier trimestre, la croissance a été nulle. Pour le second trimestre, un recul de 0,1 à 0,2 point est attendu.
Cette prévision de récession n’est pas malheureusement pas une surprise.
La récession frappe de nombreux Etats de la zone euro : Espagne, Italie, Pays-Bas et également hors zone euro, le Royaume-Uni. L’Allemagne enregistre également un net affaiblissement de sa croissance en parallèle à la stagnation du commerce international.
Le ralentissement est mondial comme en témoignent les derniers résultats chinois et américains. Le marasme de l’Union européenne qui est le premier marché mondial a un impact réel et rapide sur l’économie mondiale.
Au niveau national, la consommation, principal moteur de la croissance, est freinée par la stagnation du pouvoir d’achat des Français (chômage, inflation en début d’année et relèvement d’impôt).
Depuis plusieurs mois, tous les indicateurs avancés marquent une dégradation nette de la situation économique française (climat des affaires, taux d’utilisation des équipements).
<strong>Quelles conséquences ? Cette prévision de récession ne fait que confirmer la tendance lourde que les Français ressentent depuis le début de l’année avec comme signes, l’augmentation du chômage et le recul du pouvoir d’achat.
Une diminution des recettes publiques
Le Gouvernement refuse à court terme de réviser son hypothèse de croissance. Une contraction de 0,2 à 0,3 points devrait entrainer un manque à gagner fiscal de 2 à 3 milliards d’euros s’ajoutant aux 30 à trouver pour atteindre le seuil de 3 % de déficit public.
L’augmentation des prélèvements obligatoires ne pourra que renforcer la récession.
La récession renforcera le pessimisme et l’épargne de précaution
Les Français n’ont pas le moral et cela risque de s’accroître avec l’annonce de la Banque de France. Le risque d’un cercle vicieux récessif du fait d’un manque de confiance est à craindre. En termes de comportements, les Français risquent de différer les achats importants (voiture, immobilier) et de privilégier les placements courts sans risque (Livret A).
Comment sortir du trou noir économique ?
La zone euro s’enfonce dans la crise sans disposer de cordes de rappel. Les Etats membres ne peuvent plus utiliser les moyens budgétaires du fait du surendettement. Les armes monétaires ont été largement exploitées (baisse des taux, émission de liquidités avec prêts aux banques…). La BCE pourrait réinjecter des liquidités ou racheter des titres sur le marché secondaire…
L’assainissement des Etats surendettés n’est efficace que s’il ne tue pas les patients. Or, aujourd’hui, aucun remède n’apparaît efficace.
Les Etats surendettés sont anémiés par des années de facilité budgétaire et par une forte désindustrialisation.
L’Europe souffre par ailleurs d’un affaiblissement de ses gains de productivité du fait d’un refus implicite ou explicite du progrès technique.
Le mal européen dépasse de loin la question de l’euro qui est plus un révélateur qu’une cause de la crise.
Pour sortir du trou noir, il faut créer un choc d’offre et favoriser les gains de productivité. Compte tenu du niveau d’endettement des Etats membres, l’échelon européen est le seul à même de générer un plan de grande envergure. La réalisation d’infrastructures énergétiques, de transports, l’engagement de plans de recherche et de formation sont nécessaires pour redonner confiance et recréer un cadre économique porteur.
La question du fédéralisme se pose à court terme pour éviter le scénario catastrophe, une implosion de la zone euro. Elle doit s'accompagner d’un programme de "rééconomisation" des pays qui accumulent déficits commerciaux et déficits publics.
mardi 7 août 2012
La conjoncture corse au premier semestre 2012 et perspectives
Même si la Corse résiste bien face à la crise qui frappe l’ensemble de la zone euro, il faut souligner que le climat des affaires se dégrade plus vite sur l’Ile que sans l’ensemble de la France. La Corse continue de bénéficier de l’acquis de croissance de 2011 mais un retournement pourrait intervenir dans les prochains mois.
Les indicateurs économiques de la région Corse témoignent d’un maintien d’un avantage de croissance par rapport à la France continentale dans le prolongement de l’acquis de 2011.
Ce surcroît de croissance repose sur la poursuite de l’augmentation de la population, sur le dynamisme du secteur de la construction et sur la fin du plan exceptionnel d’investissement. La Corse est moins sensible au ralentissement économique du fait du faible de son secteur manufacturier et du poids plus élevé de la fonction publique. Le nombre élevé de retraités dont les revenus ne dépendent pas de l’activité économique constitue une autre raison du maintien d’u taux de croissance plus élevé que dans d’autres régions.
Néanmoins, quelques points négatifs doivent attirer l’attention. La Corse semble être confrontée à une baisse de l’activité touristique. Par ailleurs, la fin du plan d’investissement public et la raréfaction des aides publiques pourraient peser sur le secteur des travaux publics dans les prochains mois. Enfin, l’immobilier pourrait buter sur un effet prix et sur un problème d’accès au crédit. La question de l’accès au logement pour les résidents corses devient dans les deux grandes agglomérations un problème de plus en plus criante.
Les indicateurs de confiance témoignent d’une montée du pessimisme à compter du second semestre en particulier dans le secteur du commerce.
La fin du second semestre a été portée par les commandes liées à la préparation de la saison touristique et à des fins de chantier dans le BTP.
Le tourisme a pâti de conditions météorologiques médiocres au mois de mai et des week-ends électoraux limitant les possibilités de déplacement. Le secteur de la restauration semble souffrir plus que les hôtels.
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vendredi 3 août 2012
la crise des dettes souveraines
Retrouver l'article de Philippe Crevel : "La zone euro a-t-elle raison d'avoir peur du mois d'août?"
mercredi 1 août 2012
Quoi de neuf ?
Avant même la promulgation de la loi de finances rectificative pour 2012 qui vient d'être adoptée par le Parlement, certains dispositifs sont directement applicable ce 1er août.
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dimanche 29 juillet 2012
La lettre N°73 du Cercle des Epargnants : août 2012
- L'édito du Cercle, le plomb, l'or et l'alchimiste
- Le relèvement du plafond du Livret A en question
- La France entre épargne et consommation, il faut choisir
- La réforme des retraites ou les 12 travaux d'Astérix
Lire la lettre
mercredi 25 juillet 2012
la zone euro a-t-elle raison d'avoir peur du mois d'août ?
Est-ce l’été qui génère des prises de conscience, qui révèle les dysfonctionnements ? Et il faut noter que la montée vers les crises ont tendance à se rapprocher du mois d’août quand avant elle intervenait fin octobre. On peut y voir l’effet de l’accélération de la diffusion des informations.
La crise des dettes publiques européennes est devenue un feuilleton estival. En 2011, il a tenu en haleine spécialistes et journalistes durant tous le mois d’août. Cette année, une fois depuis, l’Europe risque d’être au cœur de l’actualité à son corps défendant.
Après la Grèce, est-ce l’Espagne qui sera en première ligne ? Le niveau d’endettement de ses banques et la raréfaction des ressources pour les régions du fait de l’effondrement du secteur immobilier.
Le plan de sauvetage décidé au mois de juin ne suffira pas pour résoudre les problèmes espagnols. L’Espagne est confrontée à une récession et à une progression très dangereuse de son chômage.
Face à la remontée des taux qui dépassent 7 % dans la péninsule ibérique et face à la menace de perte du triple A pour l’Allemagne du fait de son rôle de pompier de la zone euro, des rumeurs circulent sur une sortie de l’Espagne et de la Grèce de la zone euro en plein mois d’août.
De telles rumeurs sont assassines et irrationnelles. Une sortie de l’Espagne signifierait l’éclatement de la zone euro. Une zone monétaire repose sur la solidarité et la confiance. Si un des membres ne pouvait pas être sauvé du naufrage, les investisseurs ne croiraient pas en la possibilité des Etats membres de sauver un autre Etat en difficulté. La défiance s’installerait et exigerait de la part des Etats membres de l’Union de prendre des mesures radicales, c'est-à-dire d’aller à toute vitesse vers le fédéralisme faute de quoi la fin de l’euro s’avancerait à grande vitesse. Le refus d’aider un pays en difficulté aurait pour conséquences de forcer les Etats membres d’aller dans une direction qu’ils refusent. L’ironie, c’est qu’un départ d’un pays de la zone euro pourrait générer des politiques qui pourraient sauver la Grèce, l’Espagne et d’autres de l’effondrement. Mais un tel comportement est pyromane avec le risque d’un feu incontrôlable. Le prix à payer d’une disparition de l’euro est en état difficilement quantifiable ; certains l’ont évalué à 10 % du PIB de la zone.
Les oiseaux de mauvais augures seront donc attentifs à la date du 15 août qui est toujours charnière dans l’année. C’est un 15 août que Richard Nixon a mis fin à la convertibilité du dollar en or en 1971. Le 15 août est tout à la fois une fête religieuse et une date de fin de vacances estivales. Pour surprendre les marchés et les journalistes, il est fréquent de retenir cette date mais à force d’être utilisée, la ficelle est devenue un peu grosse. Surtout, il faut espérer que le psychodrame européen n’aura pas lieu. Il est après plusieurs années de tensions au sein de la zone euro que des solutions doivent être trouvées pour obtenir l’indispensable assainissement tout en offrant des perspectives de croissance.
L’Europe doit se réindustrialiser et doit se réconcilier avec le progrès. La croissance, c’est du capital, du travail et du progrès technique avec si possible de l’énergie à bon marché. L’Europe manque pas de capital et dispose d’un fort volant de force de travail inemployée. Il faudrait renouer avec ce qui a permis à l’Europe de devenir le centre du monde au 19ème siècle, les innovations. En matière d’énergie, la volonté européenne et surtout française de privilégier le principe de précaution au détriment du principe de réalité contribue à freiner la croissance. Plus de 20 % de la croissance actuelle des Etats-Unis s’explique par la baisse des prix de l’énergie liée aux gaz de schistes. Trouver les moyens d’exploiter le plus proprement possible ces gaz en lieu et place d’interdire toute exploitation s’impose au nom de la raison économique.
L’Europe ne peu se résumer à la réduction des déficits faute de quoi les peuples pourraient prendre parti pour les extrémismes quand ils ne le font pas déjà.
Le conflit entre l’Allemagne et la France sur la croissance est stérile car il repose sur deux visions économiques radicalement opposées. L’Allemagne juge nécessaire et prioritaire avant toute chose d’assainir les comptes car ce sont les épargnants allemands qui paient pour les consommateurs étrangers. Le Gouvernement français juge indispensable de relancer l’économie pour permettre aux Etats endettés de rembourser. Il faut donc que les Allemands et quelques autres continuent de payer pour espérer être remboursées. Les deux logiques se tiennent à la nuance près que la relance de l’économie ne doit pas aboutir à l’accélération du processus de désindustrialisation qui est en cours en Europe du Sud depuis 10 ans. Contrairement à une idée reçue, la désindustrialisation est la conséquence d’une spécialisation au sein de la zone euro, au Nord, les emplois manufacturiers, au sud, le tertiaire. La relance économique prônée par certains aurait comme impact l’augmentation des importations et des déficits des pays endettés. Il est impossible de substituer d’un coup de baguette magique une production nationale à une production étrangère. Le Gouvernement allemand a raison qu’une simple politique de relance n’est que cautère sur une jambe de bois. Faut-il pour autant rejeter toute idée de relance. Il est important de redonner du souffle, de lancer un new deal à l’européenne avec une mobilisation des capitaux afin de relancer l’économie non pas par la demande qui génère essentiellement des importations mais par l’offre et par les infrastructures qui sont sources de croissance à venir. L’Europe a déserté le terrain de l’avenir prisonnier qu’elle est par le phénomène du vieillissement et du zéro risque. Les pays membres doivent trouver des projets intégrateurs contribuant à solidifier les liens entre eux. Les transports, les universités, les centres de recherche, un projet spatial, un projet environnemental…. les pistes sont nombreuses avec des possibilités de forts effets de leviers.
mercredi 11 juillet 2012
Faut-il sauver l'épargne française ?
L’ensemble des placements annuels des Français en produits financiers est inférieur au montant du déficit public. Or, cette épargne est sujette à bien des convoitises de la part des pouvoirs publics. Le principe à la mode est l’égalité de taxation des revenus du capital et de ceux du capital. Ce principe fait fit que les deux revenus sont de nature différente, que le capital a déjà été soumis à taxation au moment de sa constitution. Par ailleurs, cette taxation identique signifie qu’il faut que les revenus du patrimoine supportent les cotisations salariées et employeurs, la CSG et l’impôt sur le revenu…
Actuellement, à l’exception de l’épargne défiscalisée, livret A, LDD…, les revenus de l’épargne sont assujettis aux prélèvements sociaux à hauteur de 15,5 % depuis le 1er juillet. A ces prélèvements, il faut ajouter l’impôt sur le revenu. Ce dernier peut prendre la forme d’un prélèvement libératoire qui varie entre 21 et 24 % en fonction du produit. En cas d’application de l’impôt sur le revenu, le taux peut atteindre 41 %.
A l’automne, le barème de l’impôt sur le revenu comportera une tranche à 45 % et une à 75 %. Le Gouvernement a indiqué son souhait de limiter le recours aux prélèvements libératoires. Par ailleurs, il étudie la possibilité d’augmenter la CSG d’environ 3 points portant les prélèvements sociaux à 18,5 %. De ce fait, le taux de taxation globale pourrait atteindre 93,5 %. Pour les contribuables se situant au taux de 45 %, le taux de taxation serait de 63,5 %.
A de tels taux, l’intérêt d’épargner est nul. Au-delà de la recherche d’une justice fiscale, avec une augmentation rapide des prélèvements sur l’épargne, le Gouvernement entend adresser un message aux revenus aisés, "consommer" car de toute façon vous serez taxés. Ces derniers risquent d’entendre d’autres sirènes, celles les appelant à franchir les frontières. Il faut prendre en compte que l’effort d’épargne est concentré sur les 10 % des ménages les plus aisés.
En termes économiques, entre la volonté de relancer la consommation, la nécessité de réindustrialiser l’économie et l’objectif de justice sociale, les pouvoirs publics sont contraints à la schizophrénie. Il est admis que les entreprises françaises sont entravées par un faible taux de marge qui les empêche d’investir et de se positionner sur le haut de gamme. Elles sont pénalisées par des difficultés d’accès aux sources de financement bancaires. Le financement des entreprises s’effectue à plus de 80 % par les banques quand dans les pays anglo-saxons, ce taux est de 20 %. Or, à défaut d’inciter les Français à orienter leur épargne vers des placements longs dans le cadre d’un soutien à l’économie dite productive, il est pris acte que l’épargnant récuse le risque. De ce fait, il vaut mieux tuer l’épargne ou encourager l’épargne de court terme, à charge pour l’Etat via la Caisse des Dépôts, de porter le risque et de jouer le rôle d’intermédiation. C’est dans cet esprit que tous les candidats à l’élection présidentielle étaient favorables à la création d’une banque d’investissement public qui existe déjà plus que mois avec OSEO. Il n’est pas certain que l’Etat soit le mieux placé pour jouer ce rôle d’intermédiaire et que l’efficience soit au rendez-vous.
L’orientation de la politique prise par le Gouvernement est assez en phase avec leurs principes keynésiens. Il privilégie le multiplicateur de dépenses à celui de l’investissement. Par ailleurs, les responsables actuels considèrent que le financement par les bénéficies ou par l’épargne réinvestie n’est pas une source de croissance. La primauté est donnée à un effet de levier public. Or, dans le passé, cette politique a débouché sur quelques accidents graves. Il suffit de se remémorer le Crédit Lyonnais. Le banquier public est rarement plus prudent que le banquier privé. In fine, le contribuable est amené à payer.
Faut-il réformer la fiscalité de l’épargne ? Oui, mais pour inciter l’épargnant à prendre des risques et à placer son argent sur le long terme. Au-delà de la poche de l’épargne de proximité représentée par le légendaire Livret A, il conviendrait de créer des outils, des supports que ce soit par le Plan d’Epargne en Actions ou l’assurance-vie qui soient réellement productifs pour les entreprises européennes.
Osons le profit !
Le profit est assimilé au capitalisme et serait même son vice. Or, il est loin d’occuper le rôle principal de l’économie de marché que certains voudraient l’affubler. .
Le profit est depuis le début de la science économique moderne sujet à discussion. Pourtant, il y a une forte convergence entre les économistes libéraux dit classiques et les marxistes. Pour ces deux courants, le profit est voué à disparaître, à tendre vers zéro. Chez Schumpeter, c’est une phase transitoire liée à la rente procurée par l’innovation. Pour Marx, la loi des rendements décroissants a pour conséquence une disparition progressive mais inévitable du profit. .
Chez l’auteur classique, Ricardo, la baisse du profit est liée à l’augmentation de la population (Ricardo) et chez le père des libéraux, Adam Smith, c’est l’augmentation de la concurrence qui pèse sur les prix..
Mais, qu’est-ce que le profit ?.
Le profit, c’est l’inverse d’une perte. C’est la marque d’une entreprise qui peut poursuivre et développer son activité. Mais, au-delà de ces considérations, la notion de profit a toujours fait débat au sein des économistes. .
Pour les marxistes, le profit est généré par la plus-value apportée par le travail. Il symbolise l’exploitation du facteur travail. Pour Schumpeter, le profit est le fruit de l’innovation. Le profit disparaîtra à partir du moment où l’innovation se diffusera. Seules de nouvelles innovations permettent au profit de se maintenir. Certes, chez quelques classiques comme Marshall ou Say, le profit est le produit naturel de l’activité de l’entreprise ou de l’organisation. L’activité de l’entreprise est un facteur distinct du capital et du travail et doit être rémunéré en tant que tel. .
Le profit est l’expression d’une efficience globale de l’entreprise. Il nait à travers une bonne combinaison des facteurs de production, à travers la planification des objectifs et des moyens de l’entreprise. Il repose sur l’innovation et sur le dynamisme et il repose sur la prise de risque pris par l’entrepreneur, par l’actionnaire… Il est la conséquence d’un avantage d’ordre matériel, intellectuel ou moral qu’une personne ou qu’une collectivité peut tirer de quelque chose. Toute action est susceptible de générer un profit. .
Pour ces auteurs classiques, le profit est un indicateur et un outil. Le profit est un critère de choix, un instrument de décision. Le profit est un critère de l’efficacité relative des entreprises. .
Le financement des entreprises par des ressources longues nécessite des profits, des bénéfices. Mais, il ne faut pas oublier que le profit est un mécanisme d’accroissement du capital au profit de l’entreprise qui en est à l’origine mais aussi au profit d’autres entreprises en fonction des décisions pris par les actionnaires. Certes, le profit n’est pas exclusivement le résultat d’une efficience productive. Il peut être aussi le résultat d’une rente de situation ou d’un monopole. Il peut être généré par la cession d’actifs, par une réduction des coûts, par un dépeçage de l’entreprise... Il peut être généré par la corruption, par un trafic illégal ou par l’exploitation des salariés….
Mais faut-il condamner le profit au nom de quelques abus qui peuvent, par ailleurs, donné lieu à des poursuites pénales ou civiles. Les parties prenantes ou les ONG sont utiles pour dénoncer les comportements abusifs. Mais, il ne faut pas se tromper d’adversaire..
Le profit prend différentes formes. Il peut être assimilé à la différence entre le prix de vente et les coûts de production, c'est-à-dire l’excédent brut d’exploitation. Le profit est un solde résiduel entre les charges et les recettes d’exploitation. Il constitue alors les bénéfices de l’entreprise. Au niveau macro-économique et de la comptabilité nationale, le profit correspond à l’excédent brut d’exploitation. La part distribuée aux salariés est enlevée de ce profit. .
Quand les mots bénéfices ou profit sont prononcés, l’idée qui court derrière est celle d’actionnaires qui gagnent de l’argent en dormant. Il est ainsi oublié qu’ils ont porté une partie du risque de l’entreprise sur leur épaule. .
Par ailleurs, ce profit si détesté ne va pas entièrement dans la poche d’actionnaires endormis. Il sert à rembourser les dettes de l’entreprise, à payer l’impôt sur les sociétés, à financer l’épargne salariale (intéressement et participation), à l’autofinancement de l’entreprise et à verser un dividende aux actionnaires..
Le profit est un des éléments du processus de valorisation des entreprises ce qui permet à la fois de financer le développement des entreprises, d’organiser des fusions, des acquisitions, d’intéresser le personnel et de rémunérer les investisseurs..
Le profit est un indicateur de bonne santé de l’entreprise. Nous devrions nous réjouir quand les entreprises françaises battent des records de bénéfices. Plus le profit est élevé, plus l’entreprise pourra attirer de nouveaux investisseurs et conserver ses actionnaires. Une des plus belles entreprises françaises, Air Liquide, a toujours pris soin de ses actionnaires lui permettant d’avoir un développement régulier..
Certes, chez les classiques, l’autofinancement n’est pas une source d’efficacité car il n’est pas soumis aux principes de rentabilité. A la différence d’une dette ou d’une action, l’autofinancement est moins soumis à l’obligation de résultat. Certes, les actionnaires qui préfèrent que l’entreprise conserve une partie des bénéfices attendent une amélioration légitime du rendement de leurs actions. .
Marx comme Ricardo se sont trompés. Le profit a résisté aux crises du capitalisme et constitue toujours un indicateur efficace..
Le profit fait de la résistance car l’économie de marché est en adaptation permanente avec le maintien d’un fort courant d’innovations (produits, commercial…). La persistance des gains de productivité et la concurrence ont empêché la disparition du profit. Certes, nous avons assisté à une concentration accrue des entreprises, voire la formation d’oligopoles mais la capacité d’innovation l’a toujours emporté. Ainsi, récemment, la société Microsoft a détenu un quasi-monopole de fait dans la fourniture de logiciels (windows, suite bureautique). Contrairement au siècle précédent, les tentatives de démantèlement de ce monopole offrant une réelle rente de situation ont échoué. Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui ce monopole est remis en cause par le développement de nouvelles interfaces comme Androïd. Google a réussi à effriter la toute-puissance de Microsoft tout en instituant une situation de monopole de fait en matière de recherche sur Internet. Comme quoi, le combat n’est jamais fini. .
Il est de bonne guerre d’affirmer que le profit a augmenté au détriment de la rémunération des salariés. Il est répété que les fonds de pension imposeraient des retours sur investissement de 15 %. Or, la réalité est tout autre. Seules 16 % des PME, en France, versent des dividendes. Pour les grandes entreprises, les dividendes distribués représentent, en moyenne, 4,7 % de la valeur ajoutée. Pour un quart d’entre-elles, cette proportion dépasse 7 %. .
La répartition de la valeur ajoutée selon le rapport « partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunération en France » rédigé en 2010 par Jean-Philippe Cotis (directeur général de l’INSEE) » est restée globalement stable. Certes, il faut souligner que l’autofinancement est en recul..
La contestation du profit doit amener à une réflexion globale sur la notion même de capitalisme. .
Le rejet du profit, en France, souligne l’existence d’un malaise qui ne peut pas être nié. Le rejeter au nom de son irrationalité ne résoudrait pas le problème. .
Avec la montée en puissance de la problématique du développement durable et la crise financière, de plus en plus de voix s’élèvent afin de remettre en cause ce fondement du capitalisme. .
Depuis plus de deux cent ans, la force du capitalisme provient de sa capacité d’intégrer des éléments qui lui sont a priori hostiles. Le fordisme permettant aux salariés d’acheter ce qu’ils produisent, la protection sociale offrant une couverture santé/vieillesse aux actifs puis à l’ensemble de la population n’allaient pas de soi mais sont devenus consubstantiels de l’économie de marché. Le modèle capitaliste est aujourd’hui critiqué tant comme sources d’inégalités sociales que par son rôle dans la dégradation de notre environnement. Le capitalisme est perçu comme un mécanisme d’exploitation de l’ensemble de la planète pouvant amener la disparition de l’espèce humaine. La surexploitation des matières premières, les émissions des gaz à effet de serre, la multiplication des déchets sont pointés du doigt pour souligner l’insoutenabilité du système économique. La formule d’Helmut Schmidt « les profits d’aujourd’hui, sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain » valable à court terme serait-elle bombe à retardement ? Le profit, expression de la myopie capitaliste serait contre-productif. Ian Davis de la société de conseil Mac Kinsey affirme que « le profit n’est pas une fin en soi mais un signal envoyé par l’entreprise à la société ». Keynes se serait-il trompé en privilégiant le présent en vertu de l’adage « demain, nous sommes tous morts » et nier qu’en raison de nos modes de production et de consommation« nous serons tous morts, demain ». .
A quoi bon de garantir aujourd’hui un profit si demain sa réédition se révèle impossible du fait de la disparition des matières premières, du marché solvable, des équipements et infrastructures matérielles et immatérielles qui l’ont rendu possible. Le capitalisme a un nouveau défi après le marxisme ; il doit faire face à la disparition des biens gratuits que sont l’air, l’eau. Il doit intégrer la notion de patrimoine commun. La notion de capital s’élargit. Elle intègre le capital humain (travail+intelligence+culture+savoir-faire), le capital financier, le capital fixe : infrastructure/machines/outils, le capital de connaissances et le capital naturel (matières premières, énergie, biodiversité…..
Le capitalisme par rapport à d’autres modes d’organisation comme le communisme a un atout de premier ordre : les notions de rareté est au cœur du paradigme. Le marché est un système qui permet d’apprécier la notion de rareté. C’est par le marché, par les prix que notre système de production se détournera des énergies fossiles..
Le débat de la décroissance est vain. La décroissance consiste à opter pour le déclin et à une acceptation des inégalités. Elle entérine le phénomène de rentes. Ceux qui ont déjà le nécessaire pour vivre convenablement peuvent accepter la décroissance ; les autres non.
lundi 9 juillet 2012
Et si la solution pour la France s'appelait le fédéralisme
La France souffre d’une sur-administration liée à m’empilement des structures et à une incapacité à les rationaliser. La suppression de la réforme de Nicolas Sarkozy sur les conseillers territoriaux marque l’avortement de la seule tentative, par ailleurs modeste, sur ce sujet.
La France s’est forgée contre les seigneurs au temps de la monarchie et contre les pouvoirs locaux depuis. De Louis XIV à François Hollande en passant par Napoléon et de Gaulle, il y a une grande continuité en la matière.
Les lois de décentralisation engagées depuis 1981 constituent un leurre aboutissant à une fausse redistribution des pouvoirs, à des doublons et à une surenchère de recrutements. Surtout, dans les faits, il s’agit d’un transfert de compétences organisé par le sommet au nom d’un impératif comptable. L’Etat s’est dessaisi d’une partie de ses compétences afin de réaliser des économies mais le pouvoir normatif est resté essentiellement dans les mains de l’exécutif.
Les lois de décentralisation au lieu de simplifier et de rationaliser ont compliqué la gestion politique et administrative du pays avec à la clef des surcoûts et une dilution des responsabilités. Le principe de subsidiarité a été battu en brèche avec la multiplication des financements croisés et l’intervention des différentes strates politiques et administratives. Au fil des années, les acteurs locaux accusent l’Etat de les appauvrir et de transférer des charges mais pas les recettes. Par ailleurs, ces acteurs locaux se plaignent d’un Etat quémandeur et tatillon. Il faut également souligner que la tradition du préfet tout puissant marque profondément les relations entre l’Etat et les collectivités locales. Ces dernières ont tendance à attendre la position de l’Etat pour caler les leurs. La disparition de la tutelle en vigueur jusqu’en 1982 n’a pas encore débouché sur une réelle autonomie.
La construction administrative et politique de la France repose sur le primat de l’exécutif central. Les départements ont été créés afin de permettre aux représentants de l’Etat de contrôler le territoire. Le préfet est tout à la fois le responsable des administrations de l’Etat et de l’ordre public. La préfecture qui était accessible à cheval dans la journée se voulait la représentation de l’Etat central. Les régions qui ont été créés en 1972 à partir des anciennes circonscriptions d’action régionale ne sont que des clones des départements. Au conseil général répond le conseil régional, au préfet départemental répond un préfet régional. La région, échelon de supervision et d’aménagement, est également échelon de gestion avec par exemple la construction et l’entretien des lycées.
Face à l’émiettement du local et à l’augmentation des besoins en services locaux, un échelon intercommunal s’est progressivement construit. Au départ, cette construction s’est opérée de manière pragmatique avec le développement des syndicats intercommunaux à intérêt unique ou multiple. Au fur et à mesure, l’échelon intercommunal s’est institutionnalisé avec la communauté de communes, les agglomérations de communes ou les communautés urbaines. Comme pour l’Etat, comme pour les départements et les régions, l’intercommunalité a débouché sur des transferts de compétences et des créations de postes publics. Il y a eu peu de transferts de personnels. En quarante ans, deux nouvelles strates publiques ont été ainsi crées auxquelles il faut ajouter la strate européenne qui est, par ailleurs, très faible même si elle est très décriée.
Ce mille feuille technico-politique génère des surcoûts et est contreproductive sur le plan économique. Il n’incite pas les responsables locaux à prendre leurs responsabilités. Il y a un gaspillage d’énergie.
La décentralisation n’est pas la bonne solution. Elle ne correspond qu’à la volonté de l’Etat de masquer ses déficits. Il faut passer à un réel système fédéral permettant une réelle prise en main par des autorités locales de la gestion des territoires.
La France doit changer de modèle et s’inspirer du modèle fédéral allemand ou américain. L’élection du Président de la République au suffrage universel direct et le passage du mandat présidentiel à 5 ans auraient du s’accompagner d’une nouvelle répartition des pouvoirs. La suprématie de l’exécutif, la majorité présidentielle devenant la règle au Parlement, devrait être contrebalancée par le renforcement des pouvoirs locaux. Or, ce renforcement ne passe que par le fédéralisme qui donne aux Etats fédérés des pouvoirs normatifs et en premier lieu des pouvoirs législatifs dans les domaines de compétences dont ils ont la charge. Le principe du fédéralisme repose sur la subsidiarité. Les compétences doivent rester à l’échelon où leur exercice est le plus efficient. L’Etat central doit disposer des pouvoirs régaliens, d’un pouvoir de régulation et d’intervention pour lutter contre des crises locales ou nationales. Il doit veiller à l’égalité des territoires à travers une péréquation des ressources.
Le fédéralisme ne signifie pas l’autonomie dans l’anarchie ; bien au contraire, elle s’accompagne d’instruments de solidarité. L’Etat central doit permettre à tous les Etats fédérés de disposer de ressources par habitant équivalentes. En Allemagne, le système de péréquation est très important. En prenant en compte le potentiel fiscal des Länder, il offre l’avantage d’être transparent à la différence de notre système qui s’assimile à un mille feuille. Les financements croisés sont légions en France ce qui n’est pas un gage d’efficience.
jeudi 5 juillet 2012
Quel épargnant êtes-vous ? Le nouveau quiz du Cercle
A vous de jouer....
mardi 3 juillet 2012
Interview au JT de France 2 Lundi 2 juillet
Voila la séquence
dimanche 1 juillet 2012
La lettre du Cercle des Epargnants du mois de juillet N°72
- l'édito du Cercle
- le nouveau quizz épargne du Cercle
- les régimes complémentaires dans le rouge
- la victoire à la Pyrrhus
- les inégalités de revenus et de patrimoines
- France/Allemagne, le combat démographique
Lire la lettre
mardi 26 juin 2012
Chypre, le nouveau maillon faible de la zone euro
Le taux de chômage dépasse désormais les 10 % contre3,5% avant la crise.
La récession pourrait être de 2 % en 2012 avec une ^prévision de retour de la croissance l’an prochain.
L’activité chypriote est pénalisée par la destruction accidentelle en juillet 2011 de la principale centrale électrique de l’île, qui satisfaisait environ la moitié des besoins énergétiques.
Il faut surtout souligner que la crise du secteur de la construction depuis début 2009 affecte lourdement l'économie chypriote.
Le poids du secteur tertiaire (80% de la valeur ajoutée) constitue une autre faiblesse.
Chypre était devenu une place off shore en relation avec les pays de l'ex URSS et de l'Europe centrale ainsi qu'avec ceux du Moyen Orient. La masse des dépôts bancaires atteint plus de 400% du PIB. En revanche, la balance commerciale est fortement déficitaire, 10 % du PIB.
Chypre est une victime collatérale de la Grèce. La restructuration de la dette souveraine grecque a généré une perte de 3 milliards d’euros . Les banques chypriotes détiennent aussi environ 22 milliards d’euros de créances sur le secteur privé grec (soit 116% du PIB chypriote), cependant que les dépôts des résidents grecsse montent à 15 milliards d’euros.
Avant la fin du mois de juin, Chypre se doit recapitaliser ses principales banques afin de satisfaire aux exigences de solvabilité de l’Autorité bancaire européenne, qui impose àcette échéance de présenter un ratio de fonds propres de 9%.
L’enveloppe nécessaire est évaluée à de 1,8 milliard d’euros soit 10% du PIB.
Ce besoin de financement intervient au moment où les finances publiques connaissent une rapide dégradation. Au 1er janvier 2008, le budget était en excédent de0,9% du PIB, le déficit public a atteint 6,3% l’an dernier. Face à cette situation, une diminution des salaires dans le secteur public est intervenue afin de ramener le déficit à environ 3,5% du PIB.
La dette publique s'élevait à 48,9% du PIB en 2008 est passée à 71,6% fin 2011, avec une maturité moyenne décroissante du fait du recours à l’émission de bons du Trésor, 5,7 ans en 2010 à 4,6 ans à fin 2011).
La prise en charge de la recapitalisation des banques pourrait la porter à 85% fin 2012. L'écart de taux à 5 ans est désormais supérieur à 5 points. La Chypre est certes un problème limité au vu de la taille de son économie mais constitue une nouvelle épreuve pour la zone euro à quelques jours du sommet des 28 et 29 juin.
Le Gouvernement de Jean-Marc Ayrault recherche 10 milliards d'euros
mardi 19 juin 2012
Dossier conjoncture France 2012
Consulter le dossier
La guerre des deux mondes
Il y a, de plus, entre les deux protagonistes un réel problème de calendrier. La France juge prioritaire la relance de l’économie quand l’Allemagne demande aux Etats dispendieux d’assainir leurs comptes. La France remet à demain le retour aux équilibres quand l’Allemagne en fait un préalable au soutien aux économies défaillantes. La France considère que seule la croissance même si elle accroît les déficits et les dettes peut venir à bout des déséquilibres. L’Allemagne juge que les Etats déficitaires doivent ajuster leur niveau de consommation à leur niveau de production.
Les Allemands n’entendent pas être les dindons de la farce du jeu de poker menteur. Ils savent que nous savons qu’ils ont besoin de nous pour exporter et avoir de la croissance. Mais ils savent également que nous savons que sans eux l’Europe s’enfoncerait dans une spirale récessionniste.
Deux mondes et deux calendriers s’opposent avec pour le moment pas de terme à la montée aux extrêmes comme en témoigne l’échange de propos peu amènes entre Français, Anglais et Allemands.
Avec la victoire des libéraux grecs le 17 juin, l’Europe s’est donnée un peu d’air mais le répit sera de courte durée, au mieux quelques semaines avant que de nouvelles tensions ne réapparaissent en Grèce, en Espagne, en Italie et en France. La potion fiscale annoncée en France aura un effet négatif sur la croissance et devrait porter le taux de croissance vers zéro d’autant plus que le ralentissement se généralise autour de la planète.
L’Europe économique suppose de fortes avances fédérales avec des transferts de souveraineté mais pour cela il faut refonder les organes de direction au niveau européen. La Commission européenne a en effet disparu des écrans radars et le Conseil européen à 27 est l’otage des petits Etats qui font de la surenchère pour monnayer leur soutien. Le fédéralisme suppose des sacrifices de la part de tous les acteurs…
samedi 9 juin 2012
Faut-il doubler le plafond du Livret A ?
La mise en oeuvre technique de ce doublement est simple mais elle pourrait être lourde de conséquences sur l'ensemble du système financier et elle n'est pas neutre pour l'Etat.
Le doublement peut se justifier par le fait que le plafond actuel n'a pas été revalorisé depuis 1986; E, prenant en compte l'inflation, le plafond aurait du atteindre à la fin de l'année 2011 environ 25 000 euros.
Cet argument ne joue pas pour le Livret de développement durable dont le plafond a été porté de 4600 à 6000 euros le 1er janvier 2007.
Qui sera concerné par le doublement des plafonds ?
91 % des Français disposent d'un Livret A. et 38 % ont un LDD. 9 % des Livrets A ont atteint le plafond (selon l'observatoire de l'épargne réglementée). Ainsi, sur la soixantaine de millions des livrets A, environ 5 millions ont atteint (ou dépassé) le plafond de 15.300 euros, soit 9 % des épargnants titulaires d'un Livret A. Ces épargnants possèdent 40 % de l'encours. Par ailleurs, 19 % des Livrets représentent 77 % de l'encours et 47 % des Livrets sont crédités de moins de 150 euros. 25 % des LDD sont au plafond soit environ 6 millions.
Une mesure pas très sociale
Actuellement, une famille avec deux enfants peut disposer d'un patrimoine de 85 200 euros en épargne défiscalisée ce qui constitue un montant important au regard du patrimoine financier moyen des Français. En effet, le patrimoine moyen financier tourne autour de 90 000 euros. Le doublement des plafonds porteraient le seuil d'exonération à 170 400 euros toujours pour une famille avec deux enfants soit un montant nettement supérieur au patrimoine financier des ménages français.
Un manque à gagner pour l'Etat
Le doublement du plafond des livrets défiscalisés entraînera des transferts entre les différents placements. Les Français déplaceront de l'argent des livrets fiscalisés et de l'assurance-vie. Or, ces deux produits sont fiscalisés et sont soumis aux prélèvements sociaux à la différence du Livret A et du LDD. Pour les livrets bancaires, les épargnants choisissent le prélèvement libératoire de 24 % ou l'impôt sur le revenu auquel il faut ajouter les prélèvements sociaux, c'est à 13,5 % et 15,5 % au 1er juillet 2012.
Le doublement du Livret A et du LDD entraînera un manque à gagner d'environ 300 millions d'euros sur la base d'une augmentation d'un transfert portant sur une vingtaine de milliards d'euros.
Les ressources actuelles du Livret A ne sont que partiellement affectées au logement social
Actuellement, la CDC en prête environ la moitié des ressources collectées et centralisées aux organismes HLM et investit l’autre moitié dans d'autres types de placements. La centralisation porte sur 65 % des ressources. Avant d'augmenter le plafond, il faudrait déjà améliorer l'efficience des ressources collectées.La CDC rémunère les banques à hauteur de 0,5 point. Les organismes de logement social empruntent auprès de la CDC et également auprès des banques à un taux qui est celui du marché (2,25 % +0,5 point+rémunération au titre des prêts). De ce fait, ce système n'aboutit qu'à faire porter par l'Etat un risque que le privé pourrait assurer.
Le doublement des plafonds pénalisera l'épargne à long terme et donc l'économie
La France souffre d'un manque récurrent d'épargne à long terme ce qui handicape les entreprises françaises. Ces dernières se financent à hauteur de 80 % par crédits bancaires or les banques doivent réduire leur enveloppe de crédit afin de renforcer leurs fonds propres. Le développement des entreprises passent par un accès accru aux actions et aux obligations. Or, le doublement des plafonds réduira encore l'épargne à risques. Dans les faits, le contribuable portera le risque de transformation de l'épargne court terme en crédit à long terme via la banque d'investissement public. C'est l'Etat qui est appelé à devenir banquier or dans le passé il y a des précédents peu reluisants (Crédit Lyonnais).
Il conviendrait de faciliter le financement des PME via le marché en encourageant les business angels et en orientant l'épargne longue vers les entreprises.
vendredi 8 juin 2012
La Grèce à l'heure des choix
Selon l'institut de statistiques Elstat, le PIB de la Grèce s'est contracté de 6,5 % en rythme annuel au premier trimestre de 2012, soit un taux supérieur aux prévisions qui tablaient pour une baisse de 6,2 %. De 2007 à 2011, le PIB a diminué de 13 %. L'année dernière, le PIB a reculé de 6,9%. le retour de la croissance est espérée par la Commission européenne en 2014. Le taux de chômage s'élève désormais à près de 22 %. Certes, le déficit commercial a diminué de 41,9%, grâce à une réduction sensible des importations. la consommation a baissé de 7,5% de la consommation et les investissements de 21,3%. La fraude fiscale demeure élevée à plus de 12 % du PIB.
Une sortie de l'euro de la Grèce pourrait entraîner un effondrement de l'économie de c e pays. Les analyses évaluent la contraction du PIB entre 15 à 40 %. Pour l'ensemble des pays de la zone, le perte de croissance serait de 1 à 2 points de PIB avec comme conséquence le retour de la récession. En cas d'explosion de la zone monétaire, c'est un hiver économique que nous connaîtrions avec un recul de 10 % de notre PIB. La zone euro joue avec le feu. Il n'est pas étonnant que la Chancelière Merkel ait adressé un message en faveur du renforcement de a coopération politique. En cas de sortie de l'euro, il sera important de mettre en oeuvre des pare-feux afin 'éviter la contagion.
Une éventuelle sortie de la Grèce constituerait un échec et serait un signe évident de faiblesse. L'Europe aura du mal à faire croire qu'elle pourra sauver l'Espagne ou l'Italie si elle a été incapable de sauver la Grèce. Les investisseurs non européens ne souhaiterons plus investir en titre européens. par ailleurs, les pays en proie à des difficultés seraient mis sous fortes tensions en cas de sortie de la Grèce au nom de la théorie des dominos.
vendredi 1 juin 2012
Philippe Crevel interviewé sur l'avenir de l'assurance-vie
Lire l'interview
La lettre du Cercle des Epargnants - juin 2012
Au sommaire de la lettre N°71 du mois de juin :
- L'édito, "le vieillissement, une coûteuse fatalité"
- Croissance, un même objectif mais plusieurs formules
- Mariages ou Pacs
- Et si la mondialisation était notre meilleure alliée
jeudi 24 mai 2012
Trimestres cotisés ou validés . that is the question ?
Philippe Crevel a répondu à cette question dans le cadre du reportage pour le JT de TF1
dimanche 20 mai 2012
La lettre mensuelle de Generali Investments
Au cours du mois d'avril, les marchés ont continué d'être sous l’emprise des incertitudes politiques en zone euro et des risques macroéconomiques au niveau mondial. Nous voyons peu de raisons pour que ces facteurs fassent moins ressentir leurs effets négatifs en mai, ce qui devrait empêcher le retour de l'appétit pour le risque qui avait prédominé fin 2011 et début 2012. Cela étant, les facteurs de risque semblent pleinement intégrés dans les cours sur certains segments de marché, une situation qui devrait permettre aux marchés de recouvrer au moins une partie de leurs récentes pertes – même si les « risques extrêmes » continuent d'être importants.
lire la lettre mensuelle de Generali Investments
samedi 19 mai 2012
Re-économiser l'Europe du Sud
La rigidité des facteurs de production ne permet pas de modifier la donne économique en quelques mois quand les prêteurs considèrent qu’ils ont déjà trop prêtés sans avoir la garantie d’être un jour remboursés.
L’amélioration de la compétitivité des pays endettés doit permettre de compenser au bout d’un à deux ans les effets de l’austérité. A cette fin, les pays concernés doivent avoir un outil économique permettant d’obtenir des gains de productivité. Les économies centrées sur le tourisme et le bâtiment sont les moins aptes à améliorer leur productivité. La Grèce et dans une moindre mesure l’Espagne éprouvent les pires difficultés à réorienter leur économie.
L’Europe ne doit pas se lancer dans une politique de relance de la consommation mais participer à la reconstruction d’économie en voie de désertification. Si plan européen il doit y avoir, il doit être centré sur l’offre, sur l’investissement et sur l’innovation.
Il ne faut pas obligatoirement créer des infrastructures inutiles qui ne seraient que des cautères sur des jambes de bois. Les pays membres de la zone euro doivent mettre en place un plan de rééconomisation de la Grèce voire de toute l’Europe du Sud. L’idée de la réindustrialisation est séduisante mais il est vain de penser que les industries du textile ou de l’automobile reviendront par décret. Compte tenu des coûts de production de l’Europe, la solution passe par une montée en gamme tant au niveau industriel qu’au niveau des services. L’Europe du Nord montre la voie en conciliant haut niveau de protection sociale, coûts de production élevés et excédents commerciaux.
Les services peuvent être également créateurs de richesse. Il faut cesser d’opposer l’industrie et les services. Les frontières entre les deux sont de plus en plus faibles. L’informatique est tout à la fois de la production et du service. La bataille du contenu sur Internet démontre que le secteur des services est un enjeu de développement pour tous les pays. L’Europe du Sud a des atouts en la matière grâce à sa richesse culturelle. Elle doit mieux valoriser son potentiel économique et culturel.
jeudi 17 mai 2012
Le démontage de la zone euro serait le départ pour terre inconnue
Face au déficit chronique de la balance commerciale et au déficit public, les Etats membres de la zone euro ont décidé de conditionner leurs prêts et leurs aides à un retour à l’équilibre ce qui signifie bien une réduction du PIB. En effet, en l’absence de gains de productivité et dans l’incapacité de dégager des excédents commerciaux, le retour à l’équilibre suppose une réduction de la demande intérieure. Il est naturel que cette perspective provoque l’hostilité de la population grecque. Mais, l’idée de financer la consommation grecque via un transfert en provenance de l’Europe du Nord ne peut qu’entraîner l’opposition de la population des Etats en excédents. Certes, dans un jeu de poker, le joueur avec une main faible a moins à perdre que celui qui dispose du meilleur jeu.
La sortie de la Grèce aboutirait immanquablement à la banqueroute de l’Etat et à l’abandon total des créances publiques et privées qui ont déjà été effacées à 70 % à la fin de l’année 2011. Le coût serait de 50 milliards d’euros pour la France et d’environ 100 milliards d’euros pour l’Allemagne. La Grèce serait incapable de financer les dépenses publiques courantes et en particulier les traitements des fonctionnaires ainsi que les prestations sociales. Le pays devrait être placé sous le contrôle du FMI. La sortie de la Grèce de la zone euro permettrait de jouer sur la valeur de la monnaie. La nouvelle monnaie grecque subirait une dépréciation par rapport à l’euro d’au moins 50 % voire plus avec la banqueroute. L’ensemble des actifs serait de ce fait déprécié. La tendance actuelle des Grecs à sortir l’argent des banques s’amplifierait avec l’annonce d’une éventuelle sortie de l’euro avec conséquence une faillite du système financier.
La sortie de la Grèce créerait un précédent extrêmement dangereux. Elle prouverait l’incapacité des Etats de la zone euro à régler le problème de la divergence de compétitivités. La zone euro ne se pense pas comme une zone fédérale à la différence des Etats-Unis. Il n’y a pas de balance commerciale entre le Nebraska et la Californie, entre le Texas et le Wyoming. Or, aujourd’hui, malgré la monnaie unique, l’Europe continue de vivre au rythme des échanges commerciaux. Par ailleurs, il n’y a pas, au sein de la zone euro, de mécanismes pour régler les crises localisées dans un ou plusieurs Etats. Il y a donc une montée aux extrêmes des crises économiques.
L’instauration de la monnaie unique a accéléré la spécialisation au sein de la zone. Les Etats à tradition industrielle ont renforcé leurs positions quand les Etats du Sud se sont spécialisés dans les services. Par définition, une telle spécialisation ne peut que générer des déficits. La productivité dans les services et dans le bâtiment progresse moins vite que dans celle de l’industrie. Dix ans de spécialisation active que la Grande récession a rendus encore plus nette a abouti sur une impasse économique et financière.
Après la Grèce, d’autres Etats feraient l’objet d’attaques. Le manque de solidarité pour un Etat pesant 2 à 3 % du PIB de la zone ne pourrait conduire les investisseurs à douter de la capacité des Etats européens à s’entendre face à un péril de plus grande ampleur sauf à prétendre que le principe de « too big to fail » s’appliquerait.
Le démontage de la zone euro marquerait le signal d’un départ pour une terre inconnue…
Interview sur Cbanque.com
lundi 7 mai 2012
A gauche, tous les pouvoirs ? A droite, le temps de la réflexion ?
Pour la première fois depuis 1958, les partis de la droite et du centre ne disposeront plus, après le 17 juin si les législatives confirment la présidentielle, d’aucun centre de pouvoir. En effet, toutes les grandes villes sauf Marseille, Bordeaux et Nice sont gouvernés par le parti socialiste, toutes les régions sauf l’Alsace tout comme deux tiers des départements sont également dirigés par des coalitions de gauche. Traditionnellement quand la gauche détenait l’exécutif, la droite disposait de bases-arrières au Sénat et dans les collectivités territoriales. Ce ne sera pas le cas en 2012. Seul le Conseil constitutionnel restera durant quelques années majoritairement composé de membres issus de l’ancienne majorité.
La droite et tout spécialement l’UMP paient les défaites aux élections locales, depuis 2002, défaites qui ont asséché ses structures et qui ont freiné le renouvellement des élus. Le PS possède désormais d’un grand nombre de structures relais pour faire passer ses idées, pour placer ses femmes et ses hommes et pour se constituer des réserves financières. Depuis 10 ans, l’UMP a géré l’Etat en délaissant le terrain local ; elle risque maintenant d’en payer les conséquences. La reconstruction en sera d’autant plus difficile d’autant que le nombre de députés élus au mois de juin sera faible. Compte tenu des triangulaires avec le Front national et le blues d’après défaite, le nombre de députés pourrait être inférieur à 180, soit une centaine de moins qu’aujourd’hui.
La gauche disposera donc de tous les pouvoirs. Elle pourrait, cependant, ne pas avoir les trois cinquièmes exigés pour réviser la constitution en passant par le Congrès. Le nouveau pouvoir pourrait s’affranchir de ce léger problème en recourant au référendum. En revanche, la gauche pourra aisément modifier le mode de scrutin en y instillant la proportionnelle.
Cette concentration est un avantage pour développer en toute tranquillité une politique durant cinq années ; en revanche l’absence de contre-pouvoirs peut mener à tous les excès et à l’impopularité par arrogance ou suffisance. Les vieux démons de 1981 peuvent rapidement reprendre le dessus. Certes, en 2014, les élections municipales, européennes et éventuellement cantonales (en fonction de la réforme des collectivités locales) constitueront un indicateur de l’état de l’opinion publique. Il est à noter qu’en 2016 devraient se dérouler les élections régionales qui marqueront le début de la future campagne présidentielle.
D’ici là, pour la droite, il y a un réel risque de chemin de croix. Le parti ou les partis ainsi que les groupes parlementaires seront les lieux obligés de reconstruction. La tentation de l’éclatement est limitée par les règles de financement des partis politiques. Le financement comporte deux parts, la première est liée aux résultats obtenus au premier tour de la législative, la seconde est liée au rattachement individuel des parlementaires (Assemblée et Sénat). La première qui est la plus importante suppose que les candidats mentionnent leur rattachement au moment du dépôt de candidature. Ce mode de financement favorise les partis structurés. En cas de défaite lourde aux législatives, l’éclatement serait suicidaire surtout du fait de la concurrence du Front national.
Le renouveau de la droite passera par une refondation de sa pensée qui après 10 ans de pouvoir s’est étiolée. Du fait d’un basculement de l’opinion public à gauche et de la tentation des élus, le dirigisme l’a progressivement emporté sur le libéralisme ou la politique de l’offre.
Il y aura certainement un débat sur l’orientation à donner à la politique économique avec un risque de dérive vers des idées populistes, le protectionnisme… L’augmentation de la concurrence avait été jetée aux orties
Face aux contraintes, la droite n’a pas pu réformer le système fiscal. L’instauration de l’imposition à la source a été oubliée comme la simplification des impôts.
Sur les sujets de sociétés, la droite devra éviter d’être marginalisée par le FN. Avec un centre qui semble vouloir s’autonomiser mais qui n’a pas de leader et une partie de l’UMP qui écoutent les sirènes de l’extrême droite, la voie sur ce sujet est étroite et pavée d’embuches.
En 1986 tout come en 1993, la droite avait gagné après avoir mené un important de réflexion. La première cohabitation de 1986/1988 avait permis l’application d’un programme libéral qui avait très bien réussi économiquement mais qui avait débouché sur la défaite de Jacques Chirac. Depuis, surtout au niveau économique, la droite est prudente voire timorée ; ce fut le cas sous la seconde cohabitation et après les grandes grèves de 1995 qui avaient mis un terme au réformisme chiraquien.
De 2007 à 2012, Nicolas Sarkozy a du faire à la crise abandonné son réformisme libéral au profit d’un pragmatisme. Les partis au pouvoir ressemblent progressivement à l’administration qui fournit les études, les expertises et les projets. Coupée de cette superstructure qui fondamentalement ne lui est pas acquise, l’UMP doit retrouver le chemin des réseaux de la vie civile et des thinks-tanks. Une partie des futures victoires dépendent de cette capacité à capter et à diffuser de nouvelles idées. En 1993, les élus UDF et RPR de l'époque pensaient être dans la majorité pour une vingtaine d'années compte tenu de la défaite historique du PS qui avait moins de 60 députés. Quatre ans après, Lionel Jospin était Premier Ministre. Comme quoi en politique, rien n'est certain et surtout pas les prévisions.
vendredi 4 mai 2012
Quel ministre de l'Economie pour quels enjeux après le 6 mai ?
Par souci de rationalité et d’économies, un jumelage des deux élections phares serait bienvenu. Elire à la fois le Président de la République et les députés simplifierait le calendrier et ferait gagner un mois.
Après le temps des joutes électorales, en plein été, le pouvoir exécutif devra affronter la réalité du terrain. Dans le domaine économique, la question de l’emploi sera incontournable. Avec le ralentissement économique et du fait des tentations de réinstaurer le contrôle administratif sur les licenciements, des plans sociaux pourraient, d’ici la fin du mois de juin, être annoncés. Le secteur de l’automobile avec la fermeture éventuelle des usines de Douai et d’Aulnay sous Bois, le secteur de la distribution avec la FNAC ainsi que carrefour seront au cœur de l’actualité.
La tentation sera, alors, grande d’user de formules assez convenus pour tenter de freiner la dégradation de la situation de l’emploi. Or, il faudra à un moment ou à un autre admettre que le problème de l’emploi, en France, ne pourra se résoudre que par une amélioration du taux de marge des entreprises, par une augmentation des bénéfices, de l’investissement et de l’innovation. Il sera nécessaire de poser la question du niveau de gamme de la production française.
En effet, la question du déficit commercial devra être traitée faute de quoi car elle sous-tend celle de la dette publique. Avec 70 milliards d’euros de déficit commercial en 2011, la France doit emprunter à l’étranger pour équilibrer sa balance des paiements ou vendre une partie de ses actifs.
Après le 6 mai, la question de l’assainissement des finances publiques s’imposera à nouveau. Certes, une légère amélioration de la conjoncture est attendue pour le second semestre allégeant ainsi la contrainte financière, mais d’ici moins de deux ans, il faut réduire le déficit public de plus de 1,5 point. Il apparaît indispensable de réorienter les dépenses publiques vers l’investissement ce qui n’a été que faiblement dit durant la campagne électorale. Toute dérive, tout doute pourraient être sanctionnés avec comme conséquences une augmentation des taux d’intérêt qui mettrait en difficulté l’Etat, les entreprises, les ménages et le secteur financier.
Le financement de l’économie sera également un point à traiter après le 6 mai. L’accès plus difficile au crédit pour les entreprises ainsi que pour les ménages constitue un risque d’asphyxie pour l’ensemble de l’économie. D’un côté, il y a la tentation d’administrer le crédit avec des résultats, en règle générale, décevants ; de l’autre il y a la possibilité de faciliter l’accès des entreprises et des PME aux financements obligataires et par actions. Il y a aussi la question de l’épargne. Faut-il, afin de relancer l’économie ; tenter de la diminuer avec le risque que le résultat inverse soit obtenu ? Faut-il mobiliser l’épargne pour le financement de l’économie avec une intermédiation étatique au risque d’être inefficace ? Jouer sur de l’épargne courte avec les Livrets défiscalisés constitue une tentation récurrente mais est-il logique de financer des investissements à long terme avec des ressources courtes ? Est-il logique de faire supporter aux contribuables des risques économiques ? Ne serait-il pas plus judicieux de favoriser l’épargne longue et de mieux l’orienter vers l’économie ce qui signifie au préalable que l’Etat commence par être moins dépensier. Autre défi à relever, la simplification de la vie économique… La France souffre, comme l’avait signalé la Commission Attali, d’un manque de concurrence qui entrave la croissance et l’emploi. Diminuer le nombre de professions réglementés constitue une nécessité tout comme accroitre la transparence sur certains marchés.
Le premier enjeu de l’après 6 mai sera le choix du Ministre de l’Economie qui pourrait rebaptiser en cas de victoire de François Hollande, Ministère de la croissance. Quels sont les profils envisageables ? A l’UMP, Jean-François Copé ou Alain Juppé seraient des gages d’expérience. Le choix de Nathalie Kosciusko-Morizet serait plus inattendu tout comme le retour de Jean-Louis Borloo.
Au PS, Michel Sapin aurait l’avantage de rassurer les marchés et les partenaires européens. Martine Aubry allierait l’ancrage européen, un positionnement initial à gauche et l’expérience. Ses réseaux au sein des syndicats et du patronat pourraient être un atout. Pierre Moscovici ou Manuel Valls pourraient également occuper le poste tout comme Laurent Fabius qui a, certes, l’inconvénient d’avoir eu des positions économiques à géométrie variable. La nomination de François Bayrou, surtout avant les législatives, apparaît peu probable car elle serait ressenti pour l’aile gauche comme un camouflet avec en outre le problème de l’adoption de la règle d’or.
Pour les deux camps, il y aurait l’option de nommer un technicien reconnu même si dans le passé cela n’a été guère source de bons résultats. Dans cette catégorie, pourraient être ainsi nominés, Jean-Claude Trichet, Michel Pébereau, Pascal Lamy ou Matthieu Pigasse… Réponse, d’ici quelques jours.
mardi 1 mai 2012
La lettre du Cercle des Epargnants - mai 2012 - N°70
- L'édito de Philippe Crevel
- L'épargne dans tous ses états
- La France face à sa démographie
- Le système de retraite à la recherche de la bonne équation
- Le coin fiscal ne s'améliore pas
lundi 23 avril 2012
La dangereuse tentation de la démission économique
Plus du tiers des électeurs a choisi de voter en faveur de candidats récusant d’une manière ou d’une autre le système économique actuelle. Ils semblent ainsi cautionner la sortie de l’euro, le protectionnisme, l’étatisme ou le dirigisme…
Ce vote témoigne d’une peur, d’une incompréhension mais il est également le produit d’un décalage croissant entre le discours politique et la réalité. A force de promettre que tout est possible, que la France peut continuer de vivre au-dessus de ses moyens, peut continuer à accroitre indéfiniment ses dépenses publiques ou ses impôts, il n’est pas surprenant que les Français ne comprennent pas pourquoi il leur est demandé de réaliser des efforts. A force d’avoir fait de l’Europe, des banquiers, des marchés financiers de parfaits boucs émissaires, il ne faut s’étonner que les Français demandent moins d’Europe et des sanctions sur les soi-disant profiteurs.
Le premier tour de l’élection présidentielle démontre qu’une part croissante de la population récuse le modèle de l’économie de marché. Or, la France est un des pays d’Europe le moins ouvert sur l’extérieur. Notre pays importe deux fois moins que l’Allemagne qui, grâce à sa meilleure intégration au sein du commerce international, a réussi à conserver une industrie dynamique. La fermeture des frontières amputerait le pouvoir d’achat des Français et les empêcherait d’accéder à de nombreux biens de consommation à bas prix.
Aujourd’hui, le débat ne devrait porter que sur l’amélioration de la compétitivité de l’économie, sur le renforcement de l’offre, sur l’augmentation de l’investissement, sur la montée en gamme de nos produits et de nos services.
Dans le vote extrémiste, il y a une perte de confiance en soi, il y a un renoncement évident. Il y a comme une volonté de sortir du jeu. Pourtant, LVMH, Hermès, Airbus prouvent, chaque jour, que la France peut gagner à l’exportation. De même, les étrangers ont bien souvent plus confiance en nous que nous en nous-mêmes. La France compte parmi les pays qui reçoivent le plus d’investissements d’origine étrangère.
La France est un pays socialiste et de longue date. Le poids des dépenses publiques dépasse 50 % du PIB depuis plus de 25 ans. Les prélèvements obligatoires pèsent plus de 43 % du PIB. L’Etat, les collectivités locales, les régimes sociaux ont dépensé sans compter pour atténuer les crises ; il est certainement plus que temps de se demander si le maintien d’une telle couverture sociale est tenable, justifiée et efficace. Le problème est que le démontage d’un tel édifice fera des victimes. Compte tenu du mur de dettes, de toute façon, de manière plus ou moins explicite, une remise à plat s’imposera.
La croissance, c’est du travail, du capital et du progrès technique ainsi que de l’énergie. Nous avons décidé de limiter le travail avec la loi sur les 35 heures. Le capital est un mot toujours honni dans notre pays ; les bénéfices sont considérés comme uns spoliation réalisée au détriment des travailleurs. Le progrès technique n’a la cote que sous forme de biens importés comme les I Phone ou les I Pad ; en revanche dès qu’il s’agit d’innovations à mettre en œuvre sur notre territoire, les oppositions se déchainent. Il en est ainsi avec les OGM, le gaz de schiste, les pétroles bitumineux… Dans ces conditions, il est assez logique que la croissance fasse défaut depuis plusieurs années. Les Etats-Unis ont renoué avec la croissance grâce à une flexibilité de leur force de travail, grâce à un rebond de l’investissement et également du fait d’une énergie abondante. L’Allemagne a réussi à accumuler des excédents commerciaux en maîtrisant ses coûts et en maintenant un niveau élevé d’investissement.
Ce vote témoigne d’une peur, d’une incompréhension mais il est également le produit d’un décalage croissant entre le discours politique et la réalité. A force de promettre que tout est possible, que la France peut continuer de vivre au-dessus de ses moyens, peut continuer à accroitre indéfiniment ses dépenses publiques ou ses impôts, il n’est pas surprenant que les Français ne comprennent pas pourquoi il leur est demandé de réaliser des efforts. A force d’avoir fait de l’Europe, des banquiers, des marchés financiers de parfaits boucs émissaires, il ne faut s’étonner que les Français demandent moins d’Europe et des sanctions sur les soi-disant profiteurs.
Le premier tour de l’élection présidentielle démontre qu’une part croissante de la population récuse le modèle de l’économie de marché. Or, la France est un des pays d’Europe le moins ouvert sur l’extérieur. Notre pays importe deux fois moins que l’Allemagne qui, grâce à sa meilleure intégration au sein du commerce international, a réussi à conserver une industrie dynamique. La fermeture des frontières amputerait le pouvoir d’achat des Français et les empêcherait d’accéder à de nombreux biens de consommation à bas prix.
Aujourd’hui, le débat ne devrait porter que sur l’amélioration de la compétitivité de l’économie, sur le renforcement de l’offre, sur l’augmentation de l’investissement, sur la montée en gamme de nos produits et de nos services.
Dans le vote extrémiste, il y a une perte de confiance en soi, il y a un renoncement évident. Il y a comme une volonté de sortir du jeu. Pourtant, LVMH, Hermès, Airbus prouvent, chaque jour, que la France peut gagner à l’exportation. De même, les étrangers ont bien souvent plus confiance en nous que nous en nous-mêmes. La France compte parmi les pays qui reçoivent le plus d’investissements d’origine étrangère.
La France est un pays socialiste et de longue date. Le poids des dépenses publiques dépasse 50 % du PIB depuis plus de 25 ans. Les prélèvements obligatoires pèsent plus de 43 % du PIB. L’Etat, les collectivités locales, les régimes sociaux ont dépensé sans compter pour atténuer les crises ; il est certainement plus que temps de se demander si le maintien d’une telle couverture sociale est tenable, justifiée et efficace. Le problème est que le démontage d’un tel édifice fera des victimes. Compte tenu du mur de dettes, de toute façon, de manière plus ou moins explicite, une remise à plat s’imposera.
La croissance, c’est du travail, du capital et du progrès technique ainsi que de l’énergie. Nous avons décidé de limiter le travail avec la loi sur les 35 heures. Le capital est un mot toujours honni dans notre pays ; les bénéfices sont considérés comme uns spoliation réalisée au détriment des travailleurs. Le progrès technique n’a la cote que sous forme de biens importés comme les I Phone ou les I Pad ; en revanche dès qu’il s’agit d’innovations à mettre en œuvre sur notre territoire, les oppositions se déchainent. Il en est ainsi avec les OGM, le gaz de schiste, les pétroles bitumineux… Dans ces conditions, il est assez logique que la croissance fasse défaut depuis plusieurs années. Les Etats-Unis ont renoué avec la croissance grâce à une flexibilité de leur force de travail, grâce à un rebond de l’investissement et également du fait d’une énergie abondante. L’Allemagne a réussi à accumuler des excédents commerciaux en maîtrisant ses coûts et en maintenant un niveau élevé d’investissement.
dimanche 22 avril 2012
Les retraites face aux contraintes économiques
Retrouver les slides de la présentation
samedi 21 avril 2012
Conjoncture : dossier du mois d'avril 2012
lundi 16 avril 2012
L'inflation en zone euro fait de la résistance
A cause de l'évolution des prix de l'énergie mais aussi en raison de la rigidité des prix à la baisse, l'inflation demeure en zone euro malgré le ralentissement économique.
Ce n'est pas l'augmentation de la masse monétaire qui génère la hausse des prix car les acteurs économiques privilégient le désendettement et la recherche de la solvabilité (banques/assureurs). L'injection de liquidités n'a pas abouti à gonfler la demande.
Les entreprises n'ont pas, en revanche, décidé de réduire leur prix car elles tentent d'améliorer leurs marges afin, en autre, de se désendetter. La reconstitution de leurs marges, à la différence de ce qui se passe aux Etats-Unis, ne débouche pas sur un accroissement de l'investissement. Par ailleurs, les salaires sont également rigides à la baisse malgré le fort taux de chômage. De ce fait, il est assez logique que dans un contexte d'augmentation des cours des matières premières, l'inflation en zone euro ait tendance à rester au-dessus de 2,3 %. Compte tenu du niveau de croissance, quasi nul, ce taux est élevé. Les Etats peuvent s'en accommoder car il érode le montant de la dette publique. En revanche, il provoque une baisse du pouvoir d'achat.
La zone euro est également confrontée à des rigidités qui favorisent l'inflation. La distribution du pétrole constitue un exemple parmi d'autre. L'écart entre le pétrole vendu aux Etats-Unis et celui en Europe, hors taxe est de 20 dollars.
La surréglementation de nombreux marchés est également inflationniste (services, santé...).
Ce n'est pas l'augmentation de la masse monétaire qui génère la hausse des prix car les acteurs économiques privilégient le désendettement et la recherche de la solvabilité (banques/assureurs). L'injection de liquidités n'a pas abouti à gonfler la demande.
Les entreprises n'ont pas, en revanche, décidé de réduire leur prix car elles tentent d'améliorer leurs marges afin, en autre, de se désendetter. La reconstitution de leurs marges, à la différence de ce qui se passe aux Etats-Unis, ne débouche pas sur un accroissement de l'investissement. Par ailleurs, les salaires sont également rigides à la baisse malgré le fort taux de chômage. De ce fait, il est assez logique que dans un contexte d'augmentation des cours des matières premières, l'inflation en zone euro ait tendance à rester au-dessus de 2,3 %. Compte tenu du niveau de croissance, quasi nul, ce taux est élevé. Les Etats peuvent s'en accommoder car il érode le montant de la dette publique. En revanche, il provoque une baisse du pouvoir d'achat.
La zone euro est également confrontée à des rigidités qui favorisent l'inflation. La distribution du pétrole constitue un exemple parmi d'autre. L'écart entre le pétrole vendu aux Etats-Unis et celui en Europe, hors taxe est de 20 dollars.
La surréglementation de nombreux marchés est également inflationniste (services, santé...).
vendredi 13 avril 2012
Au-delà des promesses électorales, il y a l'économie
La France a connu, en 2009, comme le reste du monde sa plus grave crise depuis 1945. Depuis deux ans, les économies occidentales tentent de trouver des solutions pour éviter la répétition de la crise de 1929, c'est-à-dire une longue période de stagnation.
Les menaces sont nombreuses. Elles sont d’ordre structurel : vieillissement de la population, tendance à l’augmentation des prix des matières premières, faibles gains de productivité, endettement élevé des Etats des pays occidentaux. Elles sont aussi d’ordre plus conjoncturel : risque de contraction du crédit à l’exportation, ajustement économique et financier en cours générant un accroissement du chômage.
Les plaies des crises bancaires et financières sont longues à se cicatriser. La restauration d’un nouvel équilibre plus stable signifie des ajustements en profondeur : diminution de l’endettement non productif, amélioration de la compétitivité et développement de l’offre ou à défaut diminution de la consommation.
L’économie, comme souvent voire comme toujours en France, n’aura pas été au cœur de la campagne électorale. Le principe « l’intendance suivra » aura été la règle. Au début de la campagne, le thème « produire en France » avait retenu l’attention avant d’être éclipsé par d’autres slogans.
Néanmoins, il y aura eu une constante avec la recherche de bouc-émissaires. Ce sont « les riches » et « le secteur financier ». Ils ont permis d’occulter les vraies questions économiques qui se posent à la France : comment développer l’offre ? Comment repositionner sur le haut de gamme l’outil industriel ? Comment faciliter le financement des entreprises ? Comment favoriser l’investissement et donc les bénéfices ?
Il est plus facile d’accuser les banquiers et les traders de tous les maux de la terre que d’admettre que ce sont les Etats qui achètent depuis plus de 20 ans de la croissance à crédit. Il est plus facile d’affirmer que les institutions financières sont responsables de la crise que de revenir aux fondamentaux de la croissance, c'est-à-dire du travail, du capital et du progrès technique. La dérégulation financière a été initiée dans les années 80 afin de faciliter le financement des Etats. Les subprimes et autres produits dits toxiques ont été alimentés par des taux d’intérêt faibles imposés au nom du maintien de la croissance à un niveau acceptable. Les pays dits avancés ont eu recours à un double dopage, budgétaire et monétaire.
Depuis 1981, le débat économique n’a que très peu progressé. Il est toujours très difficile d’avoir une discussion rationnelle et dépassionnée sur le profit, les taux de marge ou le financement des entreprises.
Ainsi, les Français restent de marbre face à la dégradation du taux de marge des entreprises. L’écart avec les entreprises allemandes est passé de 15 à 24 points de 2001 à 2010. Le rendement net après impôts des fonds propres est passé de 12 à 24 % entre 1999 et 2008 en Allemagne contre 4,6 à 6,2 % en France.
Les entreprises françaises n’ont pas pu hausser leur production en raison de leur difficulté d’accéder à des ressources longues, en raison de bénéfices trop faibles.
Les seules questions qui s’imposent en France sont celles du pouvoir d’achat et de la consommation quand il faudrait mettre en avant l’offre. Or, sans offre compétitive, il ne peut y avoir de consommation. Le principe keynésien de relance par la demande est usé et a vécu.
Nos voisins ont mis en œuvre des plans d’assainissement de leurs finances publiques bien plus ambitieux que les nôtres mais surtout ils ont adopté des mesures visant à favoriser l’offre productive (diminution des contraintes pesant sur l’offre, sur le marché du travail, mesures en faveur de l’investissement…).
L’idée de relocaliser l’industrie française obéît, certes, à une logique d’offre mais est complètement surannée. Le retour du made in France pour les chaussettes ou les chemises est une illusion voire une escroquerie. Sommes-nous prêts à amputer notre pouvoir d’achat pour de telles chaussettes ? L’avenir économique de la France passe-t-il par le retour de l’industrie de grand-papa ? Pourquoi alors ne pas rouvrir les mines ? Investir dans le passé ne rapporte rien. Les relocalisations ne peuvent être que très partielles et lier à une montée en gamme ou au recours à des technologies innovantes.
Bien évidemment que l’industrie n’est pas condamnée en France mais cela suppose une modification du positionnement économique. Du fait de ses coûts mais aussi grâce à sa productivité, la France a, par définition, vocation à imiter l’Allemagne et à se positionner sur le premium. LVMH, Hermès, Airbus, Ariane Espace, Air Liquide et bien d’autres prouvent que les entreprises françaises peuvent occuper les créneaux du haut de gamme. C’est par l’innovation dans toutes ses formes que l’économie française peut redémarrer.
Le protectionnisme constitue une grave illusion qui se répand à grande vitesse au sein de la société française. Le repli économique rime avec déclin et appauvrissement. La Chine en a fait l’amère expérience du 17ème jusqu’au 20ème siècle. La France contrairement aux idées reçues est moins ouverte sur l’extérieur que ses principaux partenaires économiques. Les échanges extérieurs représentent 71 % du PIB allemand contre 42 % en France. Les Allemands importent deux fois plus que les Français. La France ne joue pas suffisamment la carte de l’intégration commerciale.
La tentation protectionniste serait suicidaire au moment où les pays émergents entament une mutation. De pays ateliers, ils deviennent des pays de consommateurs. La Chine a enregistré des déficits commerciaux au début de l’année. Entre les infrastructures et des biens de consommation sophistiqués, les Chinois achètent de plus en plus de produits allemands, américains… La France a tout à gagner de cette évolution. Ce n’est pas l’heure de fermer les frontières mais bien au contraire de les ouvrir. Il ne faut pas oublier que les échanges entre deux pays sont les plus intéressants pour les deux quand ils ont des niveaux de développement proche. Les pays émergents font en un quart de siècle ce que les Européens ont mis 200 ans. Le passage d’une économie rurale à une économie industrielle et tertiaire à grande vitesse a été rendu possible par justement l’intégration mondiale, par l’existence de flux d’échanges permanents et par imitation des modèles existants.
La France avec 56 % de dépenses publiques et 44 % de prélèvements obligatoires est un pays socialisé, voire étatisé. Il ne saurait y avoir de campagne électorale sans que les candidats promettent un rôle accru de l’Etat. La création d’une banque publique d’investissement ou le doublement du Livret A entrent dans la lignées des propositions colbertistes mais elles marquent également, par leur faiblesse, l’épuisement d’un discours né après 1945 et qui n’a été que peu renouvelé. Les candidats, à la différence de ce qui se passe au Royaume-Uni, en Espagne et en Allemagne, ne veulent pas ou ne peuvent pas s’affranchir d’un discours démagogique. Une fois les élections passées, après quelques mois d’euphorie, le retour aux tristes réalités s’imposera avec à la clef un ou plusieurs plans d’ajustement. L’absence de cohérence entre les promesses et les actes empêche la mise en œuvre de politique économique sur le long terme. L’adaptation au fil de l’eau prime sur l’application de réformes structurelles.
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